Règle de vie

 

CONSTITUTIONS

DE LA CONGRÉGATION
DU TRÈS-SAINT-RÉDEMPTEUR

1984

Constitutiones et Statuta C.Ss.R., Romae 1982, adaptés au Droit canonique de 1983.

Traduction française approuvée par le Gouvernement général le 22 février 1984.

J.M.J.A.

A mes chers Confrères dans le Christ,
membres de la Congrégation du Très-Saint-Rédempteur,
salut dans le Seigneur.

           Le octobre 1965, leConcile Vatican II publia unDéc ret sur l'adaptation et la rénovation de la vie religieuse. Dans le mouvement de ce renouveau, nous avions à réviser nos Constitutions, puis à les soumettre à l'approbation du Saint-Siège.

           Nos Constitutions ainsi mises à jour viennent d'obtenir cette approbation.

           Voici, Frères très chers, ces Constitutions et Statuts généraux. Je les promulgue officiellement et vous les remets par les présentes lettres.

           Cependant, le renouveau de notre Congrégation ne peut s'achever avec des textes législatifs; il consiste surtout à promouvoir la vitalité spirituelle et apostolique de tout l'Institut.

           Aussi, maintenant que notre législation est au point, la Sacrée Congrégation des Religieux et Instituts séculiers, à qui il revenait de l'approuver au nom du Souverain Pontife Jean-Paul II, «a confiance que les Membres de la Congrégation du Très-Saint-Rédempteur, guidés par l'exemple de leur saint Fondateur et portés par un élan nouveau, seront stimulés dans leur mission d'Eglise» par ces Constitutions rénovées.

           Il nous reste donc à tous un devoir pressant: celui de promouvoir sans relâche la vitalité spirituelle et apostolique de chacune de nos Provinces, Vice-Provinces, Régions et Communautés, à commencer par nous-mêmes.

           «La norme ultime de la vie religieuse étant la suite du Christ proposée par l'Evangile, celui-ci doit être tenu pour la règle suprême dans notre Congrégation» (Const. 74). Que nos Constitutions et Statuts rénovés guident donc et stimulent cette marche sur les pas du Christ et donnent ainsi un nouvel élan vital à l'Institut.

           Faites donc vôtre l'esprit de ce texte mis à jour.

           Que saint Alphonse implore cet esprit, pour nous tous, du Christ Rédempteur, comme grâce du 250e anniversaire de notre fondation. Et que la Vierge Marie, Patronne de la Congrégation, nous le conserve.

            Rome, le 25 février 1982.

Joseph G. Pfab, C.Ss.R.
Supérieur général



LA SACRÉE CONGRÉGATION
POUR
LES RELIGIEUX ET LES INSTITUTS SÉCULIERS

DÉCRET D'APPROBATION DES CONSTITUTIONS

           La Congrégation du Très-Saint-Rédempteur, fondée par saint Alphonse de Liguori pour évangéliser principalement les pauvres, s'est empressée d'élaborer soigneusement un nouveau texte de Constitutions selon les normes du Concile Vatican II et les autres dispositions de l'Eglise.

           Revu et approuvé par les Chapitres généraux, ce texte a été soumis au Saint-Siège, pour confirmation, par le Supérieur général de la Congrégation.

           Notre Sacré Dicastère pour les Religieux et les Instituts séculiers l'a soumis au minutieux examen de ses Consulteurs. Sur avis favorable de son Assemblée, tout bien pesé, il a jugé bon d'acquiescer à cette demande.

           Ainsi donc, par le présent Décret, il approuve et confirme le texte présenté, avec les retouches qu'y a faites l'Assemblée, selon l'exemplaire latin conservé dans ses Archives. Il approuve et confirme de même les formules de profession religieuse adjointes à ce texte et que l'on utilisera selon le droit.

           Ce Sacré Dicastère a confiance que les Membres de la Congrégation du Très-Saint-Rédempteur, guidés par l'exemple de leur Fondateur et portés par un élan nouveau, seront stimulés dans leur mission d'Eglise.

Rome, le 2 février 1982,
en la fête de la Présentation du Seigneur.

E. Card. PIRONIO
Préfet
Augustin MAYER
Secrétaire

ORIGINE ET DÉVELOPPEMENT
DE LA CONGRÉGATION

1732, au Royaume de Naples. Saint Alphonse-Marie de Liguori découvre l'état d'abandon des pauvres, surtout des ruraux, qui constituaient alors la grande partie du peuple. Bouleversé, il fonde à Scala la Congrégation des Missionnaires du Saint-Sauveur, appelée plus tard (1749) du Très-Saint-Rédempteur, avec le but de continuer le Christ Rédempteur en évangélisant les pauvres: «Il m'a envoyé évangéliser les pauvres» (Lc 4,18).

Lui-même, avec ses compagnons — parmi eux, le grand saint Gérard Majella — s'efforça de subvenir à l'abandon spirituel des pauvres habitants des campagnes, surtout par les missions, mais aussi par les exercices spirituels et les «renouvellements» tels que les souhaitait déjà saint Paul (Ac 15, 36).

Ses lettres en témoignent, Alphonse désirait ar­demment porter l'Evangile aux infidèles d'Afrique et d'Asie, ou aux chrétiens séparés, tels les Nestoriens de Mésopotamie. Il communiqua ce feu apostolique à ses fils, qu'il entraîna à se lier par le vœu spécial d'évangéliser les infidèles (1743); mais ce vœu fut supprimé par les censeurs romains en 1749.

Saint Alphonse crut toujours que sa Congrégation, sous le patronage de la Vierge Marie, était appelée à fournir une grande tâche dans l'Eglise pour gagner le monde au Christ. Il s'efforça donc, d'une part, de la répandre et de la consolider, par le vœu de persévérance (1740), puis par les vœux simples; d'autre part, de la faire reconnaître par l'Autorité suprême de l'Eglise. Ses efforts aboutirent: le 25 février 1749, le Souverain Pontife Benoît XIV approuvait solennellement l'Institut avec ses Constitutions et ses Règles. A partir de cette date les confrères émirent des vœux simples reconnus par l'autorité pontificale. La Constitution Conditae a Christo de Léon XIII (8 décembre 1900) donna à ces vœux simples le caractère de vœux religieux publics.

Grâce à l'infatigable labeur surtout de saint Clément-Marie Hofbauer (1820), «cet homme d'une foi étonnante et d'une constance jamais abattue», la Congrégation se développa au nord des Alpes. Il s'y ouvrait de nouveaux champs à son ardeur apostolique; elle y mit aussi en œuvre de nouvelles formes d'action missionnaire dont saint Alphonse, mis au courant, se réjouit.

Peu à peu la Congrégation se répandit à travers l'Europe. Sous l'impulsion du Père Joseph-Amand Passerat (1858), elle franchit l'océan et se développa aux Amériques. Là travailla l'ardent apôtre que fut saint Jean-Népomucène Neumann. De pays en pays elle finit par s'étendre aux cinq continents.

Ainsi, progressivement la Congrégation se trouva engagée en des activités missionnaires diverses s'adressant, soit aux fidèles, soit aux païens, ou encore aux frères séparés.

C'est dans le même esprit missionnaire qu'elle se consacre à la science pastorale. Elle continue ainsi l'œuvre de saint Alphonse, docteur de l'Eglise (1871), patron des confesseurs et des moralistes (1950). Toujours dans le même esprit, elle s'attache à proposer une voie sûre qui réponde aux exigences de l'Evangile et d'un idéal chrétien pour notre temps.

Tous les Rédemptoristes s'efforcent donc de continuer la mission du Très-Saint-Rédempteur et des Apôtres; ils s'appliquent à garder l'esprit de leur saint Fondateur, s'accordent toujours au dynamisme missionnaire de l'Eglise, avec une préférence pour les pauvres, et consacrent leurs forces à répondre aux besoins du monde actuel.

SIGLES MARGINAUX

AA = Apostolicam Actuositatem: Décret sur l'Apostolat des Laïcs.

AG = Ad Gentes: Décret sur l'Activité missionnaire de l'Eglise.

CD = Christus Dominus: Décret sur la Charge pastorale des Évêques.

GE = Gravissimum Educationis: Déclaration sur l'Education chrétienne.

GS = Gaudium et Spes: Constitution pastorale sur l'Eglise dans le Monde de ce temps.

IM = Inter Mirifica: Décret sur les Moyens de Communication sociale.

LG = Lumen Gentium: Constitution dogmatique sur l'Eglise.

OT = Optatam Totius: Décret sur la Formation des Prêtres.

PC = Perfectae Caritatis: Décret sur la Rénovation et l'Adaptation de la Vie religieuse.

PO = Presbyterorum Ordinis: Décret sur le Ministère et la Vie des Prêtres.

SC = Sacrosanctum Concilium: Constitution sur la Sainte Liturgie.

UR = Unitatis Redintegratlo: Décret sur l'Œcuménisme.

CIC = Codex Juris Canonici: Code de Droit Canonique.

Const. Cap. = Constitutiones et Regulae C.Ss.R.: Règles et Constitutions Rédemptoristes de 1936.

Doc. Misc. = Documenta Miscellanea ad Regulam et Spiritum Congregationis nostrae illustrandum, Romae 1904.

Eccl. S. = Motu proprio Ecclesiae Sanctae du 6 août 1966.

EV. N. = Evangelii Nuntiandi: Exhortation de Paul VI du 8 décembre 1975.

Mut. Rel. = Mutuae Relationes: SS. CC. des Religieux et des Évêques, 14 mai 1978.

P. Pr. = Encyclique Populorum Progressio du 26 mars 1967.

Rn. C. = Instruction Renovationis Causam du 6 janvier 1969.

SCRIS = Sacra Congr. pro Religiosis: Decretum de Vita Contemplativa Religiosorum, 1980.

Spic. Hist. = Spicilegium Historicum C.Ss.R

La vie apostolique des Rédemptoristes

CONSTITUTIONS

LA MISSION DE LA CONGREGATION
DU
TRES SAINT-REDEMPTEUR
DANS L'ÉGLISE

1 - Fondée par saint Alphonse, la Congrégation du Très-Saint-Rédempteur est un Institut religieux missionnaire, clérical, de droit pontifical, exempt, de rites divers. Son but est de continuer le Christ Sauveur en annonçant la Parole de Dieu aux pauvres, selon ce qu'il a dit de lui-même: «Il m'a envoyé évangéliser les pauvre». [1]

Ainsi la Congrégation participe-t-elle à la mission de l'Église. Comme sacrement universel de Salut, celle-ci est, par nature, missionnaire. [2]

Elle s'acquitte de cette tâche avec un élan missionnaire qui la porte vers les urgences pastorales en faveur des plus délaissés, surtout des pauvres, à qui elle s'efforce d'apporter la Bonne Nouvelle.

Elle continue l'exemple du Christ par la Vita apostolica, cette vie apostolique dans laquelle ne font qu'un, pour les Rédemptoristes, leur vie toute à Dieu et leur travail missionnaire.

2 - Pour remplir cette mission qui est la sienne dans l'Eglise, la Congrégation réunit des membres qui, vivant ensemble, constituent un corps missionnaire. Dans la diversité de leurs ministères, ils sont organiquement rattachés à ce corps par leur profession.

Animés de l'esprit des Apôtres, imprégnés du zèle de leur fondateur, attentifs à leurs traditions et aux signes des temps, tous les Rédemptoristes, en tant qu'auxiliaires, compagnons et serviteurs de Jésus Christ dans la grande œuvre de la Rédemption, sont envoyés pour annoncer aux pauvres la Bonne Nouvelle du Salut (Ch. 1); ils forment une communauté apostolique (Ch. 2), spécialement consacrée au Seigneur (Ch. 3), bénéficiant d'une formation (Ch. 4) et d'une organisation (Ch. 5) appropriées.

CHAPITRE I

LA TÂCHE MISSIONNAIRE DE LA CONGRÉGATION

Section 1:

L'évangélisation des pauvres

3 - Les hommes les plus abandonnés vers qui nous sommes spécialement envoyés sont:

·        ceux que l'Église n'a pas encore pu doter des moyens suffisants du Salut,

·        ceux qui n'ont jamais entendu le message de l'Église,

·        ou qui n'y reconnaissent pas «la Bonne Nouvelle»,

·        ceux enfin qui sont victimes de la division de l'Église.

Quant aux fidèles qui bénéficient des soins habituels de la pastorale, nous voulons, dans notre sollicitude d'apôtres, les renforcer dans leur foi, les amener à la conversion continuelle et en faire des témoins de la foi dans leur vie quotidienne. [3]

4 - Parmi ces différents groupes d'hommes plus dépourvus de secours spirituels, nous accordons une attention particulière aux pauvres, aux humbles et aux opprimés. Leur évangélisation constitue le signe de l'action du Messie (cf. Lc 4,18) et c'est à eux que le Christ a tenu en quelque sorte à s'identifier (cf. Mt 25,40). [4]

5 - Cette préférence accordée aux urgences missionnaires ou à l'évangélisation proprement dite, avec cette option en faveur des pauvres, sont notre raison d'être dans l'Église et la pierre de touche de notre fidélité à l'appel reçu.

Le mandat qui nous est donné d'apporter la Bonne Nouvelle aux pauvres vise à libérer et à sauver l'intégralité de la personne humaine. Notre tâche est donc tout à la fois: [5]

·        l'annonce explicite de la Bonne Nouvelle,

·        la solidarité avec les Pauvres,

·        et la promotion de leurs droits fondamentaux à la justice et à la liberté par des moyens conformes à l'Évangile et, en même temps, efficaces.

Section 2:

L'œuvre de l'évangélisation

Article 1: L'Évangile du Salut

6 - Toujours en accord avec le Magistère de l'Église, tous les Rédemptoristes sont tenus d'être, parmi les hommes, des serviteurs humbles et audacieux de l'Évangile du Christ Rédempteur et Seigneur, principe et modèle de l'humanité nouvelle. [6]

Ce message annonce plus particulièrement la Copiosa Redemptio («l'abondance du rachat»): l'Amour du Père «qui nous a aimés le premier et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés» (1 Jn 4,10), et qui vivifie par son Esprit tous ceux qui croient en Lui. [7]

Cette Rédemption atteint l'homme dans sa totalité, elle accomplit et transfigure toutes les valeurs humaines, pour ramener toutes choses sous un seul chef, le Christ (cf. Eph 1,10; 1 Co 3,23) et les conduire à leur fin: un ciel nouveau et une terre nouvelle (cf. Ap 21,1).

Article 2: L'annonce de cet Évangile

7 - Témoins de l'Évangile de la grâce de Dieu (cf. Acte 20,24), nous proclamons avant tout la grandeur de la vocation de l'homme et de l'humanité. Nous savons les hommes pécheurs, mais nous les savons déjà et plus profondément encore élus, sauvés et rassemblés dans le Christ (cf. Rm 8,29 ss). [8]

Nous cherchons donc à rejoindre le Seigneur là où déjà il est présent et agit mystérieusement.

8 - Compte tenu des circonstances, nous examinons soigneusement ce qu'il faut dire ou faire: proclamer le Christ explicitement ou au moins par le témoignage silencieux d'une présence fraternelle.

9 - II arrive en effet que soit impossible la présentation directe et immédiate de l'Évangile ou du moins son annonce totale; alors, patiemment, prudemment et en même temps pleins de confiance, il nous faut donner le témoignage de la charité du Christ et, à la mesure de nos forces, nous rendre proches de chacun. [9]

Nous manifesterons cette charité par la prière, par la sincérité du service et par toute notre vie. [10]

Cette manière d'évangéliser prépare graduellement les chemins du Seigneur et répond à la vocation missionnaire des Rédemptoristes.

10 - Le témoignage de la vie et de la charité mène au témoignage de la parole (cf. Rm 10,17) quand s'y prêtent les circonstances et les aptitudes personnelles. Notre mission principale dans l'Église est en effet la proclamation explicite de la Parole de Dieu en vue de la conversion fondamentale.

L'heure venue, le Seigneur donnera libre cours à notre parole (cf. Col 4,3). Alors, toujours prêts à rendre compte de l'espérance qui est en nous (cf. 1 P 3,15), parachevant le témoignage silencieux de la présence fraternelle par celui du verbe, nous annonçons avec confiance et constance le mystère du Christ (cf. Ac 4,13.29.31).

Pour qu'il nous soit donné de collaborer toujours plus pleinement à la réalisation du mystère rédempteur, nous devons prier sans cesse l'Esprit, Seigneur des situations, qui inspire ce qu'il faut dire et qui ouvre les cœurs.

Article 3: Le but de l'œuvre missionnaire

11 - Puisque le ministère de la réconciliation nous a été confié (cf. 2 Co 5,18), nous annonçons le message du Salut et le «temps favorable» (2 Co 6,2), pour que les hommes se convertissent, croient à l'Évangile (cf. Mc 1, 15), vivent vraiment de leur baptême et revêtent l'Homme nouveau (cf. Eph 4,24).

Rédemptoristes, nous sommes donc «apôtres de la conversion» du fait que notre prédication vise surtout à une remise en question radicale de la vie, au choix décisif pour le Christ et incite, avec force et douceur, à la conversion continue et plénière. [11]

12 - Cependant, la conversion personnelle se vit en communauté d'Eglise. L'objectif de toute notre action missionnaire sera donc de susciter et de former des communautés qui puissent exercer, dans un cheminement digne de l'appel reçu, les fonctions sacerdotale, prophétique et royale que Dieu leur a confiées. [12]

Les hommes touchés par la grâce seront amenés à prendre part dans toute son ampleur à la Rédemption qui agit dans la Liturgie: d'abord le sacrement de la Réconciliation où est annoncée et célébrée de façon éclatante la miséricorde de Dieu en Jésus Christ, et surtout l'Eucharistie où s'édifie l'Église.

De cette façon, toute communauté chrétienne devient signe de la présence de Dieu dans le monde. Nourrie de la Parole, elle témoigne du Christ; avec Lui, dans le mystère eucharistique, elle passe continuellement au Père; elle progresse dans la charité et brûle de l'esprit des apôtres.

Section 3:

La manière d'évangéliser

Article 4: Le dynamisme dans l'action missionnaire

13 - Par fidélité à sa mission, la Congrégation s'applique à conjuguer dans son œuvre, et l'audace des initiatives, et l'intensité du zèle.

Dieu lui a confié une tâche à remplir fidèlement à travers des époques différentes; elle évolue donc dans la manière de l'accomplir.

14 - En effet, plus que par telle ou telle forme d'action caractérisée, notre apostolat est authentifié par le dynamisme missionnaire: évangélisation proprement dite et service des hommes et des groupes qui, au point de vue religieux et social, sont les plus délaissés et les plus pauvres (cf. Const. 3-5).

15 - Notre mission demande donc que nous restions très libres et très disponibles, et par rapport au choix des groupes à évangéliser, et par rapport aux méthodes employées.

Le devoir d'être continuellement à la recherche d'initiatives appropriées, sous la conduite de l'autorité légitime, nous interdit de nous figer dans des méthodes ou des structures telles que notre action cesserait d'être missionnaire. Il nous faut inventer avec sagacité des voies nouvelles pour que l'Évangile soit prêché à toute créature (cf. Mc 16,15).

16 - Aussi fera-t-on grand cas de la diversité des moyens d'action qui a caractérisé notre travail missionnaire à travers le temps suivant les besoins des différents pays. A l'avenir, sachons également faire nôtres les initiatives conformes à la charité missionnaire qui doit nous animer.

17 - C'est au Chapitre (vice-)provincial, en accord avec le Conseil général, qu'il revient de juger si les priorités suivies ou envisagées dans la (Vice-)Province sont, oui ou non, en accord avec le caractère missionnaire de la Congrégation.

Il est donc clair que nous devons tous nous interroger régulièrement, en particulier dans les réunions capitulaires, pour savoir si, dans nos régions, les moyens d'évangélisation répondent à l'attente de l'Église et aux besoins du monde; s'il n'est pas opportun de renouveler les méthodes apostoliques - et comment - pour retenir celles qui sont valables, corriger celles qui sont imparfaites et abandonner celles qui sont périmées. [13]

Article 5 : La collaboration dans l'Église

18 - La charité apostolique conduira Communautés et confrères à harmoniser leurs entreprises avec celles de l'Église universelle et des Églises locales. La tâche de la Congrégation dans l'Église est de servir le Christ. Or le service du Christ est inséparable du service de l'Église. [14]

Au service, d'abord, de l'Église universelle, nous sommes soumis, et par vœu d'obéissance, à l'autorité du Souverain Pontife. Sans porter atteint aux principes de l'exemption, notre ministère particulier dans une Eglise locale relève aussi de l'Ordinaire du lieu.

En conséquence, afin de pratiquer et de développer la fraternité apostolique, nous ne perdrons de vue, ni la pastorale organisée sur place, ni le charisme de la Congrégation: dans un esprit de franc service et de généreuse disponibilité d'âme, nous nous insérerons dans les tâches et les structures missionnaires du diocèse ou de la région où nous œuvrons, polarisés par les besoins les plus urgents de l'Église et des temps.

Article 6: Le dialogue avec le monde

19 - Pour une évolution efficace de notre travail missionnaire, il est nécessaire de coopérer en Eglise et d'avoir une connaissance et une expérience exactes du monde. C'est pourquoi nous cherchons, dans la confiance, le dialogue missionnaire avec lui.

Interprétant dans un esprit fraternel les inquiétudes des hommes, nous essayons d'y lire les signes de la présence de Dieu et de son dessein de Salut. [15]

Car seul le mystère du Verbe Incarné met en lumière le vrai sens de l'homme et de sa vocation intégrale. Nous réalisons ainsi dans toute son ampleur l'œuvre de la Rédemption et nous témoignons que quiconque suit le Christ, l'Homme parfait, devient lui-même plus homme. [16]

Le missionnaire rédemptoriste

20 - Fermes dans la foi, joyeux dans l'espérance, fervents dans la charité, brûlants de zèle, conscients de leur faiblesse et assidus à la prière, les Rédemptoristes, en hommes apostoliques et en disciples authentiques de saint Alphonse, heureux de continuer le Christ Sauveur, participent à son mystère et l'annoncent tant par la simplicité de leur vie et de leur parole que par leur disponibilité constante pour les tâches ardues, dans l'abnégation d'eux-mêmes, afin d'apporter aux hommes une abondante Rédemption. [17]

CHAPITRE II

LA COMMUNAUTÉ APOSTOLIQUE

Article 1: La communauté

21 - Pour répondre à notre mission dans l'Eglise, nous poursuivons communautairement l'oeuvre missionnaire. Ainsi vivaient les Apôtres. Il n'existe pas de voie plus efficace pour la charité pastorale.

Vivre en communauté et travailler ensemble à la Rédemption, c’est, pour nous, une loi essentielle. Il ne faut donc jamais perdre de vue cet aspect communautaire lorsqu'il s'agit d'accepter une tâche missionnaire.

Et cette communauté n'est pas simplement cohabitation matérielle; elle est, en même temps, communion d'esprit et d'amour fraternel.

22 - Cette vie communautaire prend exemple sur celle des Apôtres (cf. Mc 3,14; Ac 2,42-45; 4,32): elle nous conduit, dans un échange vraiment fraternel, à partager prières et recherches, souffrances et travaux, succès et échecs, ainsi que les ressources matérielles, pour le service de l'Evangile.

Les formes concrètes de cette vie en communauté seront adaptées aux nécessités de l'évangélisation et aux exigences de la charité fraternelle, en ne perdant pas de vue que le mot «Communauté» désigne soit toute la Congrégation, soit la (Vice-)province, soit la Communauté locale ou personnelle.

Article 2: La présence du Christ dans la communauté

23 - Appelés à continuer la présence du Christ au monde dans sa mission de Salut, nous choisissons sa Personne comme centre de notre vie et nous nous efforçons d'intensifier jour après jour notre union avec Lui. Ainsi la présence même du Rédempteur est le cœur de la communauté et son Esprit d'amour la crée et la soutient. Plus intime sera le lien qui nous unit au Christ, plus étroit sera le lien entre nous.

24 - Pour participer vraiment à l'amour du Fils envers son Père et envers les hommes, nous cultiverons l'esprit de contemplation qui donne à notre foi croissance et vigueur. [18]

Nous serons ainsi à même de reconnaître Dieu dans les personnes et les événements quotidiens, de percevoir dans une vraie lumière ses intentions de Salut et de ne pas confondre réalité et illusion.

25 - Dociles à l'Esprit Saint qui œuvre sans cesse pour nous conformer au Christ, nous apprenons par Lui à avoir «en nous les sentiments mêmes de Jésus Christ», à revêtir «la pensée du Christ» et nous sommes poussés de l'intérieur à l'œuvre apostolique, dans la diversité des ministères (cf. Ph 2,5ss; 1 Co 2,16). [19]

Car divers sont les charismes accordés aux personnes et aux communautés, «selon que le Christ a mesuré ses dons», mais «c'est le même Esprit» (cf. Eph 4,7; 1 Co 12,4).

Article 3: Communauté de prière

26 - Inlassablement, faisons nôtre l'avertissement du Christ Rédempteur: «II faut toujours prier et prier sans arrêt» (Lc 18,1). Imitons les disciples de la première communauté chrétienne: «Ils se montraient assidus à l'enseignement des Apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières» (Ac 2,42), «tous, d'un même cœur, assidus à la prière avec Marie, Mère de Jésus» (Ac 1,14).

Ainsi, de toutes nos forces, appliquons-nous à vivre nous-mêmes personnellement l'esprit d'oraison de saint Alphonse.

27 - Nous trouverons le Christ surtout dans les principaux «sacrements» du Salut. C'est pourquoi notre vie de communauté se nourrira de la doctrine évangélique, de la Sainte Liturgie, spécialement de l'Eucharistie. [20]

28 - «La Parole de Dieu constitue, pour l'Église, son point d'appui et, pour les enfants de l'Église, la force de leur foi, la nourriture de leur âme, la source pure et intarissable de leur vie spirituelle.» [21]

C'est pourquoi, serviteurs de la Révélation du mystère du Christ au milieu des hommes, nous devons fréquenter jusqu'à la faire nôtre, par la lecture assidue et par des célébrations communautaires, cette Parole vivante et vivifiante. Notre foi en sera pénétrée et l'efficacité apostolique plus assurée (cf. 2 Tm 3,17). [22]

29 - Dans la Liturgie, nous trouvons, pour en vivre, le mystère du Christ Sauveur des hommes; c'est vrai surtout dans l'Eucharistie, sommet et source de toute notre vie apostolique et signe de notre solidarité missionnaire. [23]

Aussi les prêtres auront-ils à cœur plus que tout de célébrer quotidiennement l'Eucharistie. Les confrères non prêtres y participeront chaque jour, compte tenu des circonstances de vie et de travail de leur communauté. [24]

30 - Comme Rédemptoristes, nous vivons et travaillons en communauté. Nous nous retrouverons donc aussi pour prier. Chaque communauté trouvera les formes de prières communes qui exprimeront son unité et soutiendront son activité missionnaire. Elle les soumettra à l'approbation du supérieur compétent. [25]

Outre la célébration liturgique - Messe et Bréviaire - ce nous est un droit et un devoir de consacrer chaque jour au moins une heure à la prière. Cette oraison peut se faire en particulier ou en commun.

Les Statuts généraux et l'ordre du jour de chaque communauté préciseront combien de fois par jour nous nous réunissons pour prier ensemble.

31 - Pour que notre participation à l'Eucharistie et à la vie liturgique soit profonde et fructueuse, pour que notre vie spirituelle soit généreusement alimentée, nous attacherons grande importance à l'oraison mentale. Au dehors comme à la maison, nous lui consacrerons un moment privilégié (cf. Mt 6,6). Elle sera orientée en priorité vers la contemplation du mystère de la Rédemption. [26]

Les Statuts généraux décident des exercices spirituels que nous avons à faire.

32 - Nous prenons la bienheureuse Vierge Marie comme exemple et comme secours. Elle a cheminé dans la foi ; elle a accueilli de tout son cœur la volonté de salut de Dieu; elle s'est consacrée sans réserve - et se consacre encore - «Servante du Seigneur», à la personne et à l'œuvre de son Fils, toujours disponible pour la Rédemption, toujours secourable, dans le Christ, au peuple de Dieu. Nous vouerons donc à cette Mère une piété et un amour de fils. [27]

Nous susciterons largement le culte, surtout liturgique, de la Vierge Marie et nous célébrerons ses fêtes avec une particulière ferveur. [28]

Fidèles à la tradition alphonsienne, nous honorerons tous quotidiennement Notre Dame. La récitation du saint rosaire nous est recommandée à chacun, pour que les mystères du Christ, auxquels participa Marie, imprègnent notre mémoire, notre cœur et notre conduite.

33 - Sensibles aux besoins de notre temps, nous nous efforcerons de vivre du zèle apostolique de notre Fondateur, marqué par son sens de l'Église, critère authentique de notre service missionnaire.

Aussi chercherons-nous à mieux connaître sa vie et à fréquenter ses écrits.

Article 4: Communauté de personnes

34 - La communauté dans le Christ est déjà présente dans toute relation personnelle entre confrères: «Que deux ou trois soient réunis en mon Nom, Je suis là au milieu d'eux» (Mt 18,20). Ce rassemblement au nom du Christ exprime l'amitié évangélique qui anime toute communauté «à la manière des Apôtres». Cette amitié crée et nourrit la vie communautaire et donne son véritable sens à ce qui est juridique et administratif.

35 - C'est pourquoi, dans nos communautés, nous sommes tous égaux et tous nous participons, chacun à sa manière, dans une réelle coresponsabilité, à ce qui fait notre vie et notre mission.

36 - La communauté doit donc promouvoir l'épanouissement des personnes, favoriser les relations mutuelles, établir une vraie fraternité.

Ce qui suppose l'estime de l'autre, de ses valeurs, de ses qualités, et le souci de favoriser la maturité et la responsabilité de tous en leur offrant la possibilité de choix personnels.

37 - Dans cet esprit, une communauté peut vivre et agir, soutenue et enrichie dans ses exigences internes comme dans l'efficacité de son action. De plus il en résulte une fructueuse et continuelle interaction entre chacun des membres et la communauté, qui sert et développe la vocation de tous et de chacun.

38 - Cette communion des volontés en Jésus Christ, ce respect mutuel, permettent de saisir ce qui est requis par le bien de tous pour la vie fraternelle et le travail missionnaire.

Dans la poursuite d'un même but par le don de soi dans la charité, chacun contribue selon ses forces à réaliser ce qu'ensemble on a décidé.

Article 5: Communauté de travail

39 - Chacun, obéissant aux dispositions prises par le supérieur compétent, met tout son savoir-faire, tous ses talents, à assumer sa part des tâches communautaires, et à porter les fardeaux de la vocation missionnaire. Être ainsi tout à sa mission, c'est la part principale de l'observance religieuse.

Article 6: Communauté de conversion

40 - Il est souverainement important que nous considérions la communauté comme sans cesse à rénover de l'intérieur par un constant progrès.

41 - 1°) Nous devons nous efforcer de revêtir l'Homme Nouveau créé à l'image du Christ crucifié et ressuscité, afin de purifier toutes les raisons qui nous font juger et agir. Cette conversion du cœur et de l'esprit concerne en effet toute notre vie quotidienne. [29]

Il y faut une constante abnégation de soi, le rejet de tout égoïsme, un cœur libre et largement ouvert aux autres, à la dimension de notre vie apostolique. Par ce don de nous-mêmes aux autres pour le Christ (cf. 2 Co 4,10ss), la liberté intérieure nous sera donnée, et avec elle, l'équilibre et l'unité de toute notre vie. [30]

2°) Nous ferons chaque jour notre examen de conscience, préférablement au cours d'une prière communautaire. Nous recevrons fréquemment le sacrement de réconciliation afin de vivre plus pleinement la nécessaire conversion du cœur. [31]

42 - Pour fortifier et exprimer cette conversion intérieure, nous devons nous choisir librement des exercices de pénitence.

La communauté comme telle doit aussi donner, de cette conversion, un témoignage efficace, pour que l'on grandisse toujours plus vers cette totale générosité avec laquelle il convient de répondre à la parole de Dieu. [32]

Article 7: Communauté ouverte

43 - La communauté religieuse est notre communauté première et fondamentale. Mais qu'elle soit assez ouverte au monde, assez mêlée à la vie des hommes pour nous permettre de déceler les signes des temps et des lieux et de nous adapter avec souplesse aux exigences de l'évangélisation (cf. Const. 19). En effet, nous appartenons plus ou moins à d'autres communautés, en particulier aux groupes humains parmi lesquels nous travaillons.

Cette ouverture n'est pas occasion de fuir notre propre communauté, mais elle nous permet de communiquer à tous les hommes la joie évangélique dont nous vivons. Nous pouvons être ainsi ferment dans le monde et témoins vivants de l'espérance.

Article 8: Communauté organisée

44 - Pour exprimer et épanouir la promotion des personnes engagées dans la même charité pasto­rale, chaque communauté doit organiser sa vie au mieux en se donnant des règles précises de vie communautaire.

Dans la fidélité aux Statuts généraux, chaque communauté se fixera donc le règlement qui lui convient, suivant sa situation ; inspirée par la tradition chrétienne et rédemptoriste, elle tiendra compte de la vie sociale et des droits de la personne humaine.

45 - 1°) Ces normes - auxquelles chacun aura à cœur de se tenir - seront telles qu'elles puissent s'adapter facilement à notre œuvre missionnaire, aux requêtes de l'Église, aux circonstances de lieu et de temps, à la culture et au caractère de la population.

2°) Dans un dialogue fraternel, il nous faut chercher tous ensemble ce qui favorisera la prière et le travail, la solitude et la révision de vie, le repos et la détente.

3°) Au légitime supérieur de déterminer, selon les normes de la clôture, les locaux ouverts aux étrangers par chaque communauté, et ceux qu’elle réserve à son intimité.

4°) Nous gardons notre habit religieux traditionnel. Les Statuts généraux déterminent s'il y non de le porter. Pour le choix d'un autre vêtement, nous nous en tenons aux prescriptions diocésaines.

CHAPITRE III

COMMUNAUTÉ APOSTOLIQUE
CONSACRÉE AU CHRIST RÉDEMPTEUR

Article 1: La mission du Christ Rédempteur, raison d'être de notre consécration

46 - Nous consacrons, par la profession religieuse, notre vie personnelle et communautaire, pour nous vouer tout entiers à l'annonce missionnaire de l'Évangile dans la perfection de la charité apostolique. C'est le but même de la Congrégation. [33]

47 - Cette profession prend racine dans la consécration baptismale et lui confère son plein épanouissement. Nous devenons ainsi, sous la conduite de l'Esprit, les serviteurs de l'Évangile et nous entrons à un titre nouveau dans la mission du Christ. [34]

48 - Lui-même, pour remplir sa mission toute de charité pastorale, «s'est anéanti jusqu'à l'esclavage» (Ph 2,7). Il s'est totalement voué à la volonté du Père pour la Rédemption des hommes à travers toute sa vie.

49 - Mis à part pour l'œuvre à laquelle nous avons été appelés (Ac 13,2), nous sommes décidés à ne pas dévier, notre vie durant, de notre vocation, renonçant à nous-mêmes et à tous nos biens pour devenir disciples du Christ et nous faire tout à tous (cf. 1 Co 9,22).

50 - C'est pourquoi, dans l'Église qui continue et déploie cette mission de Salut, nous avançons sur les chemins mêmes du Christ: virginité, pauvreté, obéissance, service et immolation de soi jusqu'à la mort, dont II surgit vainqueur par sa Résurrection. [35]

Ainsi, spécialement insérés dans le mystère de l'Église, nous vivons plus profondément le mystère pascal. [36]

Article 2: Signes et témoins

51 - Ce total engagement dans la mission du Christ nous entraîne dans son abnégation jusqu'à la croix, dans la liberté virginale de son cœur, dans son entière disponibilité pour la vie du monde. Ainsi devons-nous témoigner devant les hommes du dynamisme de sa Résurrection tandis que nous annonçons la vie nouvelle et définitive. [37]

Article 3: La mission unifie toute la vie

52 - Le principe d'unité de toute notre vie, c'est la charité missionnaire qui nous vient du Rédempteur. Elle nous identifie en quelque sorte à Lui pour continuer d'accomplir la volonté du Père: le Salut des hommes. [38]

53 - La gloire de Dieu et le Salut du monde, l'amour de Dieu et l'amour des hommes ne font qu'un. Nous vivons donc l'union à Dieu dans la charité apostolique; nous recherchons la gloire de Dieu par l'amour missionnaire. [39]

54 - Ainsi la charité pastorale informe et unifie toute notre existence. En effet, la vie communautaire est au service de l'apostolat; la conversion continuelle, fruit de notre don total au Seigneur, nous rend plus disponibles au service des autres; enfin, l'engagement religieux qui nous voue à Dieu est de soi apostolique et rend plus missionnaire.

Notre profession religieuse devient donc l'acte qui engage toute notre vie missionnaire de rédemptoristes.

Article 4: Tous missionnaires

55 - Cette profession nous engage tous dans la mission : occupés aux diverses tâches du ministère apostolique ou réduits à l'inactivité, pris par les multiples services de la Congrégation et des confrères, âgés ou infirmes, privés de toute activité au dehors, dans la souffrance et dans la mort, nous sommes tous à la même tâche: le Salut du monde.

Article 5: La profession, réponse d'amour

56 - Stimulés et fortifiés par l'Esprit Saint, nous nous efforçons de parvenir à cette donation totale pour devenir nous-mêmes, par le Christ, réponse d'amour à «Celui qui nous a aimés le premier» (1 Jn 4,10). Nous la vivons par les vœux de chasteté, de pauvreté et d'obéissance.

Article 6: La chasteté

57 - Rejoignant d'une autre manière ce que le mariage signifie, à savoir le mystère d'amour du Christ et de l'Église, la chasteté religieuse, qui comporte l'engagement à un célibat parfaitement chaste, témoigne de la présence du Règne de Dieu sur la terre (cf. 1 Co 7,34; Eph 5,25-32). [40]

58 - Engagés dans ce mystère d'amour, nous choisissons le célibat pour le Royaume des cieux (cf. Mt 19,12), afin de nous vouer personnellement et communautairement à la mission du Christ (cf. Jn 17,19). Le cœur rempli de ce qui est du Seigneur, nous voulons aimer et servir nos frères (cf. 1 Co 7,32), témoigner de l'amour de l'Eglise pour le Christ (cf. 2 Co 11,2) et annoncer les réalités célestes (cf. Lc 20,35-36).

59 - Ceux qui sont gratifiés de ce don par le Père, sont attirés par les réalités du Royaume de Dieu au point de ne pouvoir répondre pleinement et d'une manière personnelle à l'amour de Dieu que par le choix de cette chasteté religieuse.

Pour comprendre mieux le mystère de la chasteté et le vivre libres et joyeux, il nous faut en demander la grâce instamment et humblement avec l'Eglise et la préserver par les moyens qui s'imposent.

60 - Employons donc tous les moyens et secours offerts par la science en faveur de la santé de l'esprit et du corps. Conformons-nous surtout aux normes ascétiques qui ont fait leurs preuves dans l'expérience de l'Église. [41]

De plus, souvenons-nous, surtout si nous sommes supérieurs, que la chasteté est plus sûrement sauvegardée lorsqu'une vraie charité fraternelle unit les confrères dans la vie commune (cf. Const. 23, 34). [42]

Article 7: La pauvreté

61 - Missionnaires, nous choisissons en pleine confiance la pauvreté du Christ qui «pour nous s'est fait pauvre de riche qu'il était, afin de nous enrichir par son indigence» (2 Co 8,9). [43]

62 - Nous devons vivre de cet esprit qui animait la communauté apostolique, afin d'être signe de cette vie fraternelle des disciples du Christ dont on disait: «La multitude des croyants n'avait qu'un cœur et qu'une âme. Nul ne disait sien ce qui lui appartenait, mais entre eux tout était commun» (Ac 4,32).

Tous les biens sont donc en commun et au service de tous, à un niveau de vie convenable certes, mais modeste.

Tout ce que nous acquérons par notre activité ou qui nous est donné à l'intention de la Congrégation appartient à la Congrégation et doit être intégré aux biens de la communauté.

63 - Sans laisser tomber les formes de pauvreté qui ont fait leurs preuves, nous en chercherons volontiers de nouvelles, toujours plus en harmonie avec l'Évangile et capables d'en rendre perceptible le signe personnel et collectif.

64 - Pauvres, nous sommes soumis à la loi du travail. Chacun doit, par son travail, subvenir autant que possible à ses besoins et à ceux des autres.

65 - La charité missionnaire exige que nous menions la vie vraiment pauvre qui correspond à la condition des pauvres que nous évangélisons. Nous ne serions pas, autrement, solidaires des pauvres et signe, pour eux, d'espérance.

66 - Dans le même esprit, nous chercherons loyalement à saisir les valeurs qui sont en honneur dans les autres nations, même si elles sont étrangères à notre culture. C'est la condition d'un dialogue fructueux qui mettra en lumière les richesses dispensées par Dieu aux nations. [44]

67 - Notre pauvreté, vécue dans un esprit de renoncement à nous-mêmes, doit nous amener à la liberté évangélique que requiert la mobilité missionnaire (cf. Lc 9,58-62).

De même, par pauvreté, nous nous insérerons volontiers, au nom de l'Évangile, dans les divers organismes ou institutions, offrant nos services à tous les hommes pour le bien de la mission (cf. Const. 18).

68 - Notre vœu de pauvreté ne nous demande pas seulement une vie de détachement réel et aimé, une vie de travail et qui se contente de peu, loin des richesses terrestres; il comporte aussi dépendance et restriction dans la disposition des biens conformément au droit particulier de la Congrégation.

69 - Nous sommes tenus d'établir un testament valable au for civil. Il doit être fait au plus tard avant les vœux perpétuels.

70 - Pour mieux pratiquer la pauvreté, il est permis de renoncer à ses biens patrimoniaux acquis ou à acquérir. Cependant, seuls pourront le faire des religieux d'âge mûr, avec l'accord du Gouvernement (vice-)provincial. Que les confrères et les supérieurs soient attentifs à n'envisager une telle renonciation qu'avec prudence et équité. [45]

Pour parer à tout ennui, on en dressera un document officiel.

Article 8: L'obéissance

71 - A l'exemple du Christ venu pour faire la volonté de son Père et donner sa vie en rançon pour la multitude (cf. Jn 6,38; Mt 20,28), nous faisons à Dieu, par notre vœu d'obéissance, donation de notre volonté propre et nous nous engageons à la soumettre à nos supérieurs légitimes exerçant leur autorité selon les Constitutions et Statuts. [46]

Nous mettrons les forces de l'intelligence et de la volonté, les dons de la nature et de la grâce, à l'exécution des ordres reçus et à l'accomplissement des tâches qui nous sont confiées.

Faisons-le avec foi et amour pour la divine volonté, conscients de chercher ainsi le Royaume de Dieu et de communier intimement au Mystère pascal du Christ, mystère d'obéissance.

72 - Que les supérieurs, qui devront rendre compte de ceux qui leur sont confiés (cf. He 13,17), soient eux-mêmes dociles à la volonté de Dieu dans l'accomplissement de leur charge; qu'ils exercent leur autorité en esprit de service, afin d'exprimer à leurs frères l'amour que le Seigneur a pour eux.

Ce sont des frères, enfants de Dieu, qu'ils dirigent. Qu'ils respectent leur personne et les aident à parvenir à une obéissance libre. [47]

Dans les charges confiées à chacun, et dans les travaux à entreprendre, qu'ils favorisent une obéissance active et responsable.

C'est pourquoi les supérieurs écouteront volontiers leurs frères, feront converger leurs efforts pour le bien de l'Institut et de l'Eglise, et les soutiendront dans leurs engagements missionnaires.

73 - 1°) Tous ensemble, avec les supérieurs, nous sommes coresponsables de la mission de la Congrégation et solidaires dans son accomplissement.

Mus par l'Esprit Saint qui anime nos communautés et nous rend dociles au service de Dieu dans l'Église et dans le monde, tous ensemble, supérieurs et sujets, nous cherchons dans le dialogue et la vie fraternels, la volonté de Dieu qui parle par les hommes et par les signes des temps et nous nous efforçons de l'accomplir (cf. Const. 37-38).

2°) Même si tous, en réfléchissant ensemble, concourent à une décision, le droit reste au supérieur de décider et de prescrire ce qu'il faut faire, à moins que le droit particulier ne statue autre chose.

3°) Dans les limites des Constitutions et Statuts, les supérieurs légitimes peuvent donner aux confrères des préceptes formels d'obéissance. Cependant, qu'ils n'usent de ce pouvoir qu'avec une raison grave et l'accord de leurs Conseillers.

Quant aux sujets, ils sont tenus d'obéir promptement à de tels préceptes en vertu de l'obéissance dont ils ont fait vœu devant Dieu.

74 - «La norme ultime de la vie religieuse étant la suite du Christ proposée par l'Évangile, celui-ci doit être tenu pour la règle suprême» de notre Congrégation. [48]

C'est dans le partage de cet esprit que tous, supérieurs et confrères, nous observerons les Constitutions, Statuts et décrets légitimes. Alors chacun de nous, et chaque communauté, y trouvera, jour après jour, le moyen de ne faire qu'un avec la volonté de Dieu, pour mieux accomplir la mission du Christ qui a dit: «Je suis venu du ciel, non pour faire ma volonté, mais la volonté de Celui qui m'a envoyé» (Jn 6,38).

75 - L'obéissance évangélique vise à la vraie promotion de la personne consacrée au Christ, témoigne à la face du monde de la vraie liberté des enfants de Dieu et de leur unité dans le Christ; elle est la force d'un corps missionnaire.

Article 9: Le vœu et serment de persévérance

76 - Lors de notre profession perpétuelle, aux vœux ci-dessus mentionnés nous ajoutons le vœu et serment de persévérance, en vertu duquel nous nous engageons à rester jusqu'à la mort dans la Congrégation.

CHAPITRE IV

LA FORMATION DANS NOTRE COMMUNAUTÉ APOSTOLIQUE

Article 1: But de la formation

77 - Le but de la Congrégation - la mission - doit inspirer de bout en bout la formation du Rédemptoriste: sélection des vocations, étapes d'initiation, recyclage permanent. [49]

78 - Il s'agit de former des personnalités humainement et chrétiennement assez mûres pour que d'elles-mêmes, Dieu aidant, en connaissance de cause et d'un cœur joyeux, elles se vouent totalement au service missionnaire de l'Église par l'évangélisation des pauvres dans la communauté rédemptoriste. [50]

Ainsi, progressivement, elles apprendront à suivre le Christ selon les exigences déjà radicalement contenues dans leur baptême et que la profession religieuse renforce pour faire d'eux d'authentiques missionnaires.

Article 2: Recherche des vocations

79 - C'est le nombre et la qualité des candidats qui permettra à la Congrégation de poursuivre avec vitalité sa mission apostolique. [51]

Si nous avons estime et amour pour notre propre appel, nous aurons tous le zèle des vocations à susciter.

80 - Seul l'Esprit de Jésus fait surgir les missionnaires dans l'Église. Mais d'ordinaire il transmet l'appel du Christ à travers les rencontres et les relations humaines. Vivant au milieu des hommes de par son ministère apostolique, chacun de nous doit donc être attentif à percevoir et à discerner dans les jeunes les dons largement répandus de l'Esprit. N'oublions pas d'ailleurs que les moyens les plus efficaces de recrutement sont: l'ardeur à prier, une vie rayonnante et un zèle d'apôtre (cf. Mt 9,38; Lc 10,2). [52]

Article 3: La formation en général

81 - On s'efforcera de son mieux:

    à ce que les candidats soient amenés à faire leur choix de vie en pleine responsabilité,

    à ce que la liberté de leur don s'affirme et aille en grandissant,

    à ce qu'ils deviennent capables d'entreprendre les œuvres conformes à l'esprit de l'Institut. [53]

Abondamment nourris de la Parole de Dieu qu'ils auront à annoncer, ils méditeront assidûment le mystère du Salut; d'autre part, ils scruteront les besoins du monde auxquels l'Église doit porter secours, ils laisseront ses appels retentir dans leur cœur, cherchant ensemble dans la lumière de cette Parole une réponse valable. [54]

Il leur faut aussi une foi intrépide pour regarder en face la solitude tentatrice et les incertitudes du ministère apostolique, pour croire que l'avancée du Royaume se fait dans la communion fraternelle à travers laquelle le Christ travaille à «ramener à l'unité tous les enfants de Dieu dispersés». [55]

Imitateurs de saint Paul, comme lui-même le fut du Christ (1 Co 4,16), et tout pénétrés de sa doctrine, ils s'enracineront dans une espérance inépuisable et lucide, «cette espérance qui ne déçoit pas, parce que l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs...» (Rm 5,5).

Article 4: Les formateurs

82 - Le corps tout entier de la Congrégation n'a jamais fini de se former et d'évoluer pour répondre aux appels des hommes à qui nous avons à porter la Bonne Nouvelle. De cette formation, nous sommes tous responsables, non seulement à l'égard des jeunes, mais à l'égard de tous nos confrères. [56]

Cependant les Supérieurs majeurs ont charge toute spéciale de cette formation, et principalement de la mise sur pied d'un corps choisi de formateurs. Il est en effet requis des éducateurs une préparation spécialisée et une suffisante expérience pastorale et missionnaire. [57]

83 - Dans un même esprit et avec des volontés accordées, les formateurs poursuivront une action prudente et efficace au service de ceux qui attendent leur aide.

Avec le concours de spécialistes, ils s'efforceront de discerner les vocations et mettront les jeunes dans les conditions les meilleures pour un choix éclairé et libre. Ils ne se comporteront pas en maîtres ès-sciences, mais en serviteurs de cette vérité qu'ils ont eux-mêmes à chercher patiemment et humblement avec leurs élèves. [58]

Les candidats coopéreront généreusement et humblement avec leurs formateurs. A la lumière d'une foi nourrie dans la méditation de la Parole de Dieu, ils apprendront d'eux à chercher Dieu toujours, à reconnaître les signes des temps, à découvrir le Christ en tout homme, à avoir une juste estime des valeurs humaines. Ainsi la sagesse évangélique imprégnera toute leur vie pour en faire des témoins fidèles et des hérauts de l'Évangile.

Article 5: L'initiation à la vie apostolique

84 - Le temps de la formation déborde le noviciat: il inclut les périodes qui le préparent et celles qui le continuent, selon les dispositions du droit commun et du droit particulier de l'Institut.

85 - L'incorporation à la Congrégation se fait par degrés. Mais dès l'entrée il s'agit de vivre dans l'esprit des conseils évangéliques. Après un temps suffisant de maturation et d'affermissement dans cette vie évangélique, les confrères se consacreront plus parfaitement au Christ Rédempteur et à sa mission, dans la Congrégation, par les vœux simples de chasteté, de pauvreté et d'obéissance.

86 - 1°) C'est le Gouvernement général qui décide l'ouverture d'un noviciat, son implantation dans telle maison de la Congrégation, ses lignes directrices, etc., en conformité avec le droit commun et les Statuts généraux.

2°) Dieu les appelle-t-il vraiment à continuer le Christ par la profession religieuse dans la vie apostolique de la Congrégation: voilà ce que les candidats ont à examiner en profondeur durant leur noviciat. Qu'ils expérimentent donc notre mode d'existence, étudient l'histoire et la vie de la Congrégation, se forment un esprit et un cœur de Rédemptoriste; et que l'on s'assure de leurs aptitudes et de la fermeté de leur décision.

a) Pour être valide, le noviciat doit comporter douze mois de présence dans la maison du noviciat. Mais, en plus de ces douze mois, les Statuts généraux peuvent prescrire un ou plusieurs stages d'activité apostolique hors de la communauté du noviciat, en vue de perfectionner la formation des novices.

La durée du noviciat ne dépassera pas deux ans.

b) C'est au Maître des novices de régir le noviciat, sous l'autorité du Supérieur (vice-) provincial. Mais en ce qui regarde la discipline de toute la maison, Maître et novices sont soumis au Supérieur.

c) C'est le Supérieur Majeur, avec l'accord de son Conseil, et en se conformant aux Statuts généraux, qui admet un candidat au noviciat, à la profession temporaire et perpétuelle.

d) Son noviciat terminé, le novice jugé apte sera admis à la profession temporaire ; sinon, qu'on le congédie. En cas d'hésitation sur son aptitude, on peut prolonger son temps de probation, conformément aux Statuts généraux, mais pas au-delà de six mois.

e) La profession temporaire à émettre après le noviciat ne peut engager pour moins de trois ans ni pour plus de six ans. Ce temps peut être prolongé, mais pas au-delà de neuf ans, aux termes des Statuts généraux.

f) La profession est à émettre et à renouveler dans les termes de la formule approuvée (cf. Appendice, p. 75ss).

87 - Les confrères qui aspirent à la prêtrise seront formés à devenir de vivantes images du Christ, le Prêtre suprême et éternel. Qu'ils apprennent à ne faire qu'un avec Lui, à scruter son inépuisable mystère par l'étude scientifique et systématique des disciplines théologiques et une connaissance approfondie des sciences humaines. [59]

En même temps ils partageront intensément la vie communautaire et mettront la main à un apostolat missionnaire à leur mesure.

88 - Durant tout le cours de leurs études, nos étudiants seront confiés à la sollicitude d'un Préfet. Il les formera à la vita apostolica et les aidera à unifier vie spirituelle et études théologiques.

89 - Les autres confrères ont la même vocation missionnaire que les futurs prêtres, mais ils la vivront en des tâches différentes. On les formera donc aussi à s'imprégner du mystère du Christ et à participer à la vie de la Congrégation. Ils devront aussi acquérir, autant que possible, la compétence dans leur profession et dans leur ministère.

Article 6: La formation permanente

90 - Notre efficacité missionnaire sera d'autant plus grande que nous poursuivrons un effort sans cesse accru d'adaptation apostolique en même temps qu'un continuel renouvellement de nous-mêmes sur les plans spirituel, scientifique et pastoral.

Pour enrichir et vivifier son ministère, chacun doit sans cesse se remettre à l'école des sciences divines et humaines et s'enrichir par les échanges fraternels.

Au Supérieur (vice-) provincial de pourvoir à la formation permanente de tous par des sessions théologiques et pastorales, la fréquentation des Facultés, des rencontres régionales ou nationales.

De plus, à l'imitation de son Fondateur et pour mieux réaliser sa vocation missionnaire, notre Congrégation apporte son appoint aux études supérieures des sciences sacrées.

CHAPITRE V

LE GOUVERNEMENT DE LA COMMUNAUTÉ APOSTOLIOUE

Principes généraux

91 - Les principes généraux énoncés par les Constitutions doivent inspirer tout le gouvernement de la Congrégation, assurant ainsi aux dispositions précisées par les Constitutions et les Statuts leur pleine dimension humaine et apostolique.

92 - Chaque membre, chaque communauté doit, de la manière qui lui revient, prendre une part active et responsable dans l'organisation de la Congrégation en ses divers secteurs et à travers les institutions variées qui la structurent. Car «à chacun 1a manifestation de l'Esprit est donnée en vue du bien commun» (cf. 1 Co 12,7; cf. Const. 72). [60]

93 - C'est pourquoi, sous la conduite du Gouvernement général, chaque partie de la Congrégation, dans une saine décentralisation, gère ses propres affaires, c'est-à-dire légifère et décrète en ce qui la concerne, coordonne (a vie de ses membres, en communion avec tout l'Institut, avec l'Église locale et avec la société dans laquelle elle vit.

94 - De plus, en vertu du principe de subsidiarité, tous les organismes de direction doivent susciter la responsabilité des personnes et des communautés. Cela suppose que tous les sujets et les groupes de base jouent leur rôle dans les décisions qui les concernent et dont l'exécution est à leur mesure. Par contre, les instances supérieures ont le devoir de les aider quand ils ne peuvent se suffire. [61]

95 - De même, le principe de solidarité doit susciter une coopération véritable entre les institutions homologues comme entre les confrères. Les Supérieurs appuieront tout effort qui puisse assurer les conditions les meilleures à la vie apostolique de tous. [62]

96 - Enfin, notre organisation et nos institutions doivent être commandées par les exigences de l'apostolat et la diversité de chaque mission, dans la fidélité au charisme de la Congrégation. [63]

Section 1:

Structure de la Congrégation

Article 1: Subdivisions et institutions

97 - La Congrégation se répartit en Provinces et Vice-Provinces; et celles-ci comportent des Communautés de vie et d'action. L'Institut compte aussi des Régions.

1°) Le Conseil général décide de l'érection des Provinces et des Vice- Provinces, de leur fusion et du remaniement de leur répartition.

2°) C'est lui aussi qui les supprime et dispose alors de leurs biens.

3°) Avec l'approbation du Conseil général, Provinces et Vice-Provinces peuvent fonder et supprimer des Régions.

98 - La première instance de la Congrégation est le Chapitre: c'est à travers lui que nous exerçons notre responsabilité en faveur de la vie apostolique de la Congrégation et que nous participons à son gouvernement. Tous en effet, directement ou par nos délégués, nous mettons périodiquement en commun réflexions et dynamisme pour faire avancer, soit la Congrégation entière, soit nos propres Provinces ou Vice-Provinces, assurant ainsi la mise à jour et l'unité de l'Institut. [64]

99 - a) La Congrégation dans son ensemble, les Provinces, les Vice-Provinces, les Communautés, ont à leur tête un Supérieur et son Conseil. Des organismes appropriés, permanents ou transitoires, assurent la participation de tous à la direction.

b) Les Supérieurs ne doivent pas demeurer trop longtemps sans interruption dans les charges de gouvernement. Les Statuts généraux donneront plus de précisions à ce sujet.

Article 2: Chapitres et Supérieurs en général

100 - Dans la Congrégation cléricale exempte que nous formons, Chapitres et Supérieurs détiennent, outre l'autorité dominative, la juridiction ecclésiastique aux fors interne et externe, selon les dispositions du droit commun et particulier. [65]

Mais les Supérieurs exercent ce pouvoir dans un esprit collégial, ensemble avec leurs Conseillers qui assurent la participation de tous aux décisions.

101 - Parmi les questions à traiter, le droit commun et le droit particulier précisent en quels cas les Conseillers ont voix consultative, en quels cas ils ont voix délibérative, en quelles affaires enfin, bien déterminées, le Conseil, agissant comme collège, décide à la majorité absolue des suffrages.

Contre une décision de la majorité, on peut toujours recourir au Supérieur immédiatement plus élevé. Le recours est suspensif s'il s'agit de dépense ou d'aliénation de biens, mais pas dans les autres cas, sauf disposition contraire du droit commun.

102 - Dans les points purement disciplinaires des Constitutions et des Statuts généraux ou (vice-) provinciaux, les Supérieurs peuvent donner des dispenses, mais en s'en tenant à ce qui suit:

a) Si la dispense concerne un confrère en particulier et quand le cas, surtout s'il est public, doit se prolonger, le Supérieur de la Communauté peut la concéder après avoir consulté son Conseil.

b) S'il s'agit de dispenser toute la Communauté en un point important, le Supérieur de la Communauté, après avoir demandé l'avis de son Conseil, recourra, s'il en a le temps, au Supérieur (vice-)provincial: c'est à ce dernier, après avoir entendu son Conseil, qu'il revient de dispenser. S'il n'en a pas le temps, le Supérieur, une fois pris l'avis de son Conseil, pourra dispenser la Communauté, mais il en avisera son (Vice-) Provincial.

c) Pour dispenser toute une Vice-Province, le Supérieur vice-provincial, après avoir entendu son Conseil, recourra au Provincial qui, si son Conseil en est d'accord, pourra la dispenser. Cependant, en cas d'urgence, le Vice-Provincial, avec l'accord de son Conseil, pourra concéder la dispense, mais il en avisera son Provincial.

d) De même, pour dispenser toute une Province, son Supérieur, après avoir entendu son Conseil, recourra, s'il en a le temps, au Supérieur général. Ce dernier, avec l'accord de ses Conseillers, pourra concéder la dispense. Cependant, en cas d'urgence, le Provincial lui-même, avec l'accord de son Conseil, aura le droit de dispenser, mais il en avisera le Supérieur général.

e) S'il s'agit de toute la Congrégation, le Conseil général pourra la dispenser jusqu'au prochain Chapitre général; ce dernier décidera de proroger la dispense ou de la révoquer.

S'il ne décide rien, elle est sensée révoquée.

103 - Périodiquement les Supérieurs doivent s'interroger sur l'idée qu'ils se font de leur charge et sur la manière dont ils s'en acquittent.

A cette fin, qu'ils organisent entre eux des rencontres et tâchent de participer à des sessions de formation.

Il leur sera très utile de se rencontrer, sur ces problèmes, avec les Supérieurs d'autres Instituts.

Section 2:

Le Gouvernement général

Article 3: Le Chapitre général

104 - Le Chapitre général, convoqué et réuni dans les règles, est l'organe suprême du gouvernement interne de la Congrégation et il la représente. Il est l'expression de la participation par laquelle tous les confrères prennent en charge l'Institut tout entier. [66]

Le Chapitre général, tant ordinaire qu'extraordinaire, est convoqué par le Supérieur général selon les normes contenues dans les Statuts généraux et le Directoire des Chapitres.

105 - Le Chapitre ordinaire est convoqué tous les six ans. Les Statuts généraux déterminent en quels cas il faut réunir un Chapitre extraordinaire.

106 - A tout Chapitre général assistent le Supérieur général, les Conseillers, le Procureur, l'Econome et le Secrétaire généraux, ainsi que les représentants légitimement désignés des Provinces et des Vice-Provinces. Le Président du Chapitre général est le Supérieur général.

Le Supérieur général, les Conseillers, le Procureur, l'Econome et le Secrétaire généraux restent membres du Chapitre assemblé, même s'ils ne sont pas réélus, mais non des sessions suivantes, s'il y en a.

107 - Le Chapitre général doit avoir souci de la vie apostolique de tout l'Institut, resserrer les liens qui en unissent les diverses parties, adapter nos structures et notre vie aux nécessités de l'Église et des hommes.

108 - Pour satisfaire à une si lourde charge, le Chapitre général se livrera à un examen approfondi de l'état de la Congrégation:

    reste-t-elle fidèle à sa mission propre, selon l'esprit de son Fondateur et ses authentiques tradi­tions ?

    se montre-t-elle toujours docile aux appels que Dieu ne cesse de lui adresser par la voix du monde et de l'Eglise?

109 - a) Le Chapitre général proposera à la Congrégation les orientations dont elle a besoin pour se renouveler dans une fidélité plus grande à elle-même et au service de l'Église et des hommes.

b) Voici ses compétences:

1°) Aux deux tiers des voix, il peut donner dispense générale des prescriptions des Constitutions, selon les normes de la Constitution 102, e.

2°) A la majorité absolue des suffrages, il peut modifier ou abroger des Statuts et en édicter de nouveaux, porter des Décrets, confirmer ou annuler les décisions du Gouvernement général, et donner dispense particulière et temporaire de prescriptions disciplinaires des Constitutions (cf. Const. 102 e et 119).

3°) Aux deux tiers des voix, il peut apporter des modifications aux Constitutions. Ces modifications exigent toutefois la confirmation du Saint-Siège. C'est également au Saint-Siège qu'il revient d'interpréter authentiquement les Constitutions.

110 - a) Le Chapitre général met en place le Gouvernement général: il élit ou réélit, pour six ans, le Supérieur général, son Vicaire et les autres membres du Gouvernement général.

b) Pour l'élection ou la réélection du Supérieur général et de son Vicaire, les deux tiers des suffrages sont requis; la majorité absolue suffit pour élire ou réélire les Conseillers généraux.

111 - Enfin, c'est du Chapitre général que relève tout autre grand problème qui pourrait surgir touchant la vie et le gouvernement de la Congrégation.

Article 4: Le Gouvernement général

112 - Le Supérieur général avec les Conseillers généraux, coresponsables du Gouvernement de toute la Congrégation, constituent le Gouvernement général, organe permanent de direction et d'exécution.

113 - Que le Gouvernement général, par une présence efficiente, périodique et directrice, soit l'inspirateur et l'animateur d'un renouveau continu dans les (Vice-)Provinces.

I - LE SUPÉRIEUR GÉNÉRAL ET SON VICAIRE

114 - a) Pour que quelqu'un puisse être élu Supérieur général, il doit être prêtre profès perpétuel, avoir vécu dans la Congrégation au moins sept ans après sa profession perpétuelle, et compter trente-cinq ans accomplis d'âge.

b) Le Supérieur général est le chef suprême de la Congrégation et le président du Conseil général. Sa tâche est d'abord de veiller à ce que la Congrégation réalise la mission qu'elle reçoit de l'Eglise, et donc de fortifier sa vita apostolica dans la ligne des Constitutions, Statuts, Décrets et «Orientations» du Chapitre général.

c) Aussi, personnellement ou par ses délégués, il doit visiter Provinces et Vice-Provinces pour animer et coordonner en tous points la mission de la Congrégation.

115 - a) Le Supérieur général a autorité sur toutes les Provinces, Vice-Provinces, Régions, Communautés et membres de la Congrégation, dans les normes du droit commun et du droit propre de celle-ci.

b) Premier animateur et coordonnateur de la Congrégation, qu'il approfondisse chaque jour davantage l'esprit de l'Église et ses besoins, surtout dans les régions confiées à notre ministère, comme aussi notre mission dans l'Église.

116 - a) Il représente officiellement la Congrégation; il veille à ce qu'elle entretienne avec le Saint-Siège les relations qui s'imposent et coopère avec les autres institutions ecclésiastiques et civiles.

b) Le Supérieur général peut démissionner, soit entre les mains du Chapitre général, soit entre celles du Conseil général, mais dans le second cas, il faut l'accord du Saint-Siège. La démission n'est tenue pour acceptée qu'à la majorité des deux tiers des voix.

117 - Le Vicaire du Supérieur général est élu par le Chapitre général parmi les Conseillers généraux. Il remplace le Supérieur général absent ou empêché. En cas de cessation de fonction ou de mort de ce dernier, il lui succède dans sa charge et son titre jusqu'au prochain Chapitre général ordinaire. En cas de renonciation et d'empêchement du Vicaire général, on y pourvoira selon les règles des Statuts généraux.

II - LES CONSEILLERS GÉNÉRAUX

118 - Les Conseillers généraux à élire par le Chapitre général seront au moins au nombre de six.

Le Conseil général a charge, avant tout, de promouvoir le bien de la Congrégation. Seules sa sollicitude et sa compétence pourront rendre effectives les décisions du Chapitre général, efficace l'impulsion donnée par le Supérieur général, meilleure la collaboration des (Vice-)Provinces œuvrant pour la mission de tout l'Institut.

119 - Le Conseil général a pouvoir, pour un temps, c'est-à-dire jusqu'au Chapitre général suivant:

1°) d'interpréter authentiquement les Statuts. Directoires et toutes décisions du Chapitre;

2°) de suspendre les décrets du Chapitre général, à charge d'informer la Congrégation des raisons de cette suspension;

3°) de porter de nouveaux décrets.

Ce sera au Chapitre général de confirmer ou d'abroger ces dispositions. S'il ne décide rien à leur sujet, elles tombent par le fait même (cf. Const. 109, b, 2°).

Article 5: Les responsables de la Curie générale

120 - Après s'être entouré des avis opportuns, le Conseil général choisit les principaux responsables de la Curie, à savoir le Procureur, l'Econome, le Secrétaire et le Postulateur généraux, et il met en place les divers organismes qu'il juge nécessaires ou utiles.

Section 3:

Le Gouvernement (vice-) provincial

Article 6: La Province

121 - La Province est l'unité organique de la Congrégation. Elle est érigée par le Conseil général et constitue une personne juridique. Elle rassemble sous un seul Supérieur un certain nombre de Communautés et est dotée des diverses institutions qui lui permettent une vie indépendante. Grâce à cette répartition en Provinces, la Congrégation peut atteindre son but plus efficacement, à travers des ministères et des dons variés, dans la communion avec les autres parties de l'Institut, sous l'autorité du Gouvernement général.

I - LE CHAPITRE PROVINCIAL

122 - a) En tant que personne morale collégiale rassemblant tous les représentants des membres, le Chapitre provincial est la première institution du gouvernement de la Province.

b) Le Chapitre comprend des membres d'office et des membres élus conformément aux Statuts généraux.

123 - Sa fonction est de veiller avec soin à la constante adaptation et rénovation de la «vie apostolique» et de la gestion de la Province.

II - LE GOUVERNEMENT PROVINCIAL

124 - Le Supérieur provincial:

a) avec les Conseillers provinciaux, coresponsables de la conduite de la Province, constitue le Gouvernement provincial, organe permanent de direction et d'exécution, responsable devant le Chapitre provincial;

b) il est désigné selon le mode fixé par les Statuts généraux. Ne peut être désigné Supérieur provincial qu'un prêtre profès perpétuel, qui ait vécu dans la Congrégation au moins cinq ans après sa profession perpétuelle, et qui compte au moins trente ans accomplis d'âge.

125 - Chef de la Province et président du Conseil provincial, il dirige et organise la Province conformément aux Constitutions et aux Statuts généraux et particuliers.

126 - Il est d'abord un pasteur, animant et coordonnant, dans sa Province, toutes les Communautés et les personnes. Toutes ses forces vont à leur être proche, à les entraîner dans une vie digne de leur vocation, à susciter en elles l'esprit d'entreprise et de persévérance missionnaire.

127 - On lui élira un Vicaire, ordinairement choisi parmi les Conseillers provinciaux. Celui-ci le remplace en cas d'absence ou d'empêchement et lui succède en cas de cessation de fonction ou de mort, à moins que les Statuts provinciaux n'en décident autrement.

128 - Le Supérieur provincial, son Vicaire et ses Conseillers sont désignés pour le temps fixé par les Statuts généraux.

III - LES RESPONSABLES ET LES INSTITUTIONS DE LA PROVINCE

129 - Le Chapitre ou le Conseil, au gré des Statuts provinciaux, veille à ce qu'il soit pourvu aux offices de la Province. Il dote le Gouvernement provincial des services dont il a besoin: secrétariats, etc.

Article 7: La Vice-Province

130 - Une Vice-Province est un ensemble de plusieurs Communautés, érigé en personne morale par le Conseil général. Elle tire presque toujours son origine d'une Province avec laquelle elle garde les liens de dépendance indiqués ci-après (Const. 131-134).

131 - Une Vice-Province manifeste la vitalité apostolique de la Congrégation et d'abord de la Province-mère.

Elle est créée pour le service de l'Église, surtout là où celle-ci est en état de mission, après ample consultation des membres de la Province et avec l'accord du Gouvernement général.

132 - Dans la mesure où une Vice-Province ne peut se suffire pleinement, elle a droit à l'aide de la Province-mère, tant en hommes qu'en ressources.

133 - La Vice-Province est dotée de la même structure et des mêmes organismes que la Province, elle jouit de la même compétence dans la nomination aux charges.

Tout ce qui est dit des Provinces vaut donc pour les Vice-Provinces, à moins que le droit ou la nature des choses n'indiquent le contraire avec évidence.

134 - En vue d'un apostolat efficace, la Vice-Province a la faculté d'adapter librement son régime de vie aux nécessités missionnaires locales.

Article 8: L'organisation des Communautés dans la (Vice-) Province

135 - Une (Vice-) Province existe et œuvre par les Communautés, groupées en «maisons» ou en «résidences» selon les besoins de l'apostolat, pour le bien de l'Église locale.

Il revient au Gouvernement général d'ériger ou de supprimer canoniquement une maison, conformément aux règles établies à ce sujet par le Saint-Siège.

136 - A dates fixes, le Supérieur réunira les confrères en assemblée, pour qu'ils raniment la ferveur de la Communauté, relancent ses œuvres apostoliques et prennent les décisions qu'elles demandent.

137 - a) Les Statuts (vice-) provinciaux établiront les normes qui permettront aux Communautés de s'organiser et de s'adapter à la diversité des situa­tions.

b) Les points que les Statuts ou les Chapitres (vice-)provinciaux laissent à la détermination des Communautés exigent néanmoins l'approbation du Conseil (vice)provincial.

138 - a) Le Supérieur d'une Communauté doit être prêtre et profès perpétuel. Il est désigné selon les normes des Statuts généraux.

b) Les Supérieurs de la communauté sont nommés pour le temps établi par les Statuts Bénéraux.

139 - Que le Supérieur de la Communauté se conduise d'abord en animateur spirituel, ensuite seulement en chef et en administrateur. Le premier service à rendre au groupe est d'en faire le corps du Christ, un corps en croissance, et dont toutes les forces s'allient pour l'évangélisation. [67]

Qu'il prenne également conscience que sa charge le rend coresponsable du bien de toute la Province.

140 - Au Supérieur de la Communauté on désignera un Vicaire, conformément aux Statuts généraux. Celui-ci le remplace en cas d'absence ou d'empêchement et lui succède dans les conditions prévues par les Statuts généraux.

Article 9: La coopération entre (Vice-)Provinces

141 - Chaque (Vice-) Province tâche de répondre, par son travail missionnaire, aux besoins des personnes et des lieux. Elle le fait cependant avec la coopération constante de tout l'Institut, dans une prise en charge des plus faibles par les plus forts.

142 - Les (Vice-) Provinces qui ont à résoudre des problèmes similaires, surtout en ce qui regarde l'apostolat et la formation, sont encouragées à y chercher, en toute charité et bonne entente, la solution commune, amicalement mise au point, qui contribuera le plus au bien de l'Église.

143 - Pour favoriser cette collaboration, le Gouvernement général encouragera les rencontres entre Provinces: c'est sa tâche d'animer et de coordonner le travail missionnaire de toute la Congrégation.

Section 4:

Les biens temporels de la Congrégation

Article 10: La destination des biens temporels

144 - a) Nous devons utiliser les biens de ce monde à leur destination légitime, à savoir notre propre subsistance selon un niveau de vie décent, les œuvres d'apostolat et de charité, surtout envers les pauvres, et l'organisation du culte divin. [68]

b) En nous procurant le nécessaire pour notre entretien et le service missionnaire, nous rejetons tout souci excessif, faisant confiance à la providence du Père des cieux. [69]

c) Le droit de disposer des biens temporels revient aux Supérieurs, Conseils et Chapitres, conformément aux Constitutions et Statuts, dans le respect du droit commun.

Section 5:

La sortie de la Congrégation

145 - Seuls le Souverain Pontife et le Supérieur général peuvent dispenser des vœux, temporaires ou perpétuels, prononcés dans la Congrégation; nos vœux sont toujours émis sous cette condition.

146 - Les membres de l'Institut peuvent être renvoyés dans les cas prévus par le droit commun.

En cas de renvoi, les vœux sont dissous après la confirmation par le Saint-Siège du décret de licenciement. Dans les cas où le droit prévoit l'expulsion ipso facto, ils tombent par la déclaration du fait.

147 - Le décret de renvoi prononcé selon le droit sera signifié le plus tôt possible à l'intéressé. Ce dernier a dix jours pour adresser un recours au Saint-Siège. Ce recours est suspensif.

148 - Ceux qui sortent de la Congrégation - que ce soit à l'expiration de leurs vœux temporaires, ou à la faveur d'un décret de sécularisation ou de laïcisation, ou encore par suite d'un renvoi - ne peuvent rien exiger pour la tâche, quelle qu'elle soit, accomplie dans la Congrégation.

Si l'un d'eux cependant ne peut se suffire par ses biens personnels ou par son travail, la Congrégation doit entre temps lui venir charitablement en aide, conformément aux instructions du Saint-Siège.

DÉCRETS CONCERNANT LA PAUVRETÉ

A. Décret de Pie X du 31 août 1909

Pour supprimer désormais toute controverse sur les clauses du vœu de pauvreté émis dans la Congrégation du Très-Saint-Rédempteur fondée par saint Alphonse-Marie de Liguori, S.S. le Pape Pie X, après mûre réflexion, dans une audience accordée au soussigné Cardinal Préfet de la S. Congrégation des Religieux, a ordonné de publier la Déclaration suivante qui oblige désormais tous et chacun des Supérieurs et des membres de cette Congrégation du Très-Saint-Rédempteur:

1°) Les membres de la Congrégation du Très-Saint-Rédempteur émettent le vœu simple de pauvreté et de vie parfaitement commune. En vertu de ce vœu:

2°) Ils ne gardent que la nue-propriété, autrement dit le domaine radical de leurs biens, avec le droit d'en percevoir l'usufruit, c'est-à-dire les revenus;

3°) Sauf par héritage ou donation de leurs proches, ils ne peuvent acquérir la propriété d'aucun bien nouveau, à moins qu'avant leur profession ils n'aient eu un titre certain et formel à cette acquisition;

4°) Ils ne peuvent capitaliser les revenus de leurs biens;

5°) Ils ne peuvent disposer de leurs biens, ni par acte entre vifs, ni par testament, sinon en faveur de leurs proches jusqu'au huitième degré inclusivement de consanguinité ou d'affinité, mais non de parenté spirituelle,

  ou en faveur de la Congrégation,

  ou pour des messes au profit d'eux-mêmes ou de leurs proches,

  ou pour une bonne œuvre en faveur d'un tiers, mais alors avec la permission du Supérieur général ou provincial;

6°) Ils doivent disposer des revenus de leurs biens dès que cela leur est moralement possible;

7°) Ils ne peuvent disposer de leurs revenus autrement que de leurs biens;

8°) Ils doivent disposer de la môme façon des rentes, pensions, assurances, rentes viagères, etc., qu'ils pourraient posséder.

9°) Ils ne peuvent avoir aucun dépôt nomine proprio sous quelque prétexte ou pour quelque raison que ce soit,

10°) ni retenir aucune administration, soit de leurs biens, soit de leurs revenus.

La présente Déclaration aura force, non seulement de Statut ou de Constitution perpétuelle, mais de Décret et Ordonnance apostolique, enlevant aux Chapitres généraux eux-mêmes toute faculté d'en mitiger ou d'en modifier la teneur tant en partie qu'en totalité.

Pour que tous les membres de la Congrégation du Très-Saint-Rédempteur méritent les plus abondantes bénédictions du ciel, pour qu'ils s'attirent pleinement la puissante protection de leur Père législateur saint Alphonse-Marie de Liguori et le saint Clément-Marie Hofbauer, insigne propagateur de leur Congrégation, le Saint-Père les exhorte instamment à se conformer fidèlement à cette Déclaration, nonobstant toutes choses contraires, fussent-elles de spéciale importance.

Rome, 31 août 1909

Fr. Jos.Cardinal VIVES
Préfet
Vinc. LA PUMA

B. Décret de Benoît XV du 7 mai 1918

Sur rapport du Cardinal soussigné, Préfet de la S. Congrégation des Religieux, pour prévenir toute hésitation ou controverse qui pourrait surgir à l'occasion du Code de Droit canonique, concernant les clauses ou l'obligation du vœu de pauvreté dans la Congrégation du Très-Saint-Rédempteur fondée par saint Alphonse-Marie de Liguori, notre Saint-Père le Pape Benoît XV a ordonné de répondre ce qui suit à la question posée par le Rme Père Patrice Murray:

1°) Les membres de la Congrégation du Très-Saint-Rédempteur restent à l'avenir tenus en tous points par le Décret du 31 août 1909 émané de cette Sacrée Congrégation des Religieux.

2°) Cependant ceux qui feront profession dans la Congrégation du Très-Saint-Rédempteur après le 19 mai de cette année 1918, date où le Code de Droit canonique deviendra obligatoire, ceux-là:

a) devront faire leur testament selon le canon 569 n° 3, et ils ne pourront le changer que conformément au canon 583 n° 2;

b) il leur est interdit de renoncer à titre gracieux, par acte entre vifs, à la propriété de leurs biens, selon le canon 583 n° 1.

Nonobstant toutes choses contraires.

Donné à Rome, aux jour, mois et année ci-dessus.

J. Cardinal TONTI
Préfet
Adolphus, Episc. Canop.
Secret.

APPENDICE

FORMULES DE PROFESSION

Note — Ces formules donnent seulement les textes juridiquement requis dans la liturgie. On peut donc s'en tenir là. Mais aussi, Provinces et candidats peuvent les enrichir d'une célébration à leur convenance, en accord toutefois avec le rite que la S. Congrégation du Culte divin a publié.

I - Formule des vœux temporaires:

Le candidat dira:

Dieu éternel,

qui as réalisé en ton Fils le mystère du Salut et suscité dans l'Église des hommes pour travailler à l'œuvre de la Rédemption,

moi, N.N.,

conduit par ton Esprit, je veux Te faire don de ma personne en suivant de plus près le Christ Sauveur du monde.

C'est pourquoi, librement, je choisis de mener la vie chrétienne dans la profession des conseils évangéliques: je fais donc vœu pour un an (pour trois ans) de vivre chaste, pauvre et obéissant, selon l'esprit et la règle de la Congrégation du Très-Saint-Rédempteur.

Je prends aussi l'engagement de mener une vie fraternelle et de charité apostolique dans cette Congrégation fondée par saint Alphonse pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres.

Que ta grâce, le secours de la Vierge Marie, celui de toute l'Église et l'aide de mes frères m'assistent chaque jour.

Le Supérieur accepte les vœux:

Et moi, je vous accueille comme un frère engagé par les vœux religieux dans la Congrégation du Très-Saint-Rédempteur, au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit.

La Communauté conclut:

Amen.

II - Formule des vœux perpétuels:

Le candidat dira:

Dieu éternel,

qui as réalisé en ton Fils le mystère du Salut et suscité dans l'Église des hommes pour travailler à l'œuvre de la Rédemption,

moi, N.N.,

conduit par ton Esprit, je veux Te faire don de ma personne en suivant de plus près le Christ Sauveur du monde.

C'est pourquoi, librement, je choisis de mener la vie chrétienne dans la profession des conseils évangéliques: je fais donc vœu, pour toujours, de vivre chaste, pauvre et obéissant, avec vœu et serment de persévérer jusqu'à la mort, selon l'esprit et la règle de la Congrégation du Très-Saint-Rédempteur.

Je prends aussi l'engagement de mener une vie fraternelle toute de charité apostolique dans cette Congrégation fondée par saint Alphonse pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres.

Que ta grâce, le secours de la Vierge Marie, celui de toute l'Église et l'aide de mes frères m'assistent chaque jour.

Le Supérieur accepte les vœux:

Et moi, je vous accueille comme un frère engagé à vie par les vœux dans la Congrégation du Très-Saint-Rédempteur, au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit.

La Communauté conclut:

Amen.

III - Formule pour renouveler la profession temporaire:

Le profès dira:

Continuant avec confiance à suivre le Christ, Sauveur du monde, dans la Congrégation du Très-Saint-Rédempteur, je renouvelle les vœux de chasteté, de pauvreté et d'obéissance, afin que la charité apostolique grandisse toujours en moi et dans toute la Congrégation, pour le bien de l'Église entière.

La Communauté conclut:

Amen.

IV - Formule pour l'acte de rénovation des vaux:

(Statut 080)

Suivant le Christ Sauveur du monde avec fidélité et persévérance, moi……., je renouvelle les vœux de chasteté, de pauvreté et d'obéissance, ainsi que le vœu et serment de persévérance, selon l'esprit et la règle de la Congrégation du Très-Saint-Rédempteur, afin que, pour le bien de toute l'Église, le zèle apostolique grandisse en moi et dans la Congrégation tout entière. Amen.


NOTES



[1] Cf. Spic. Hist. 1968, p. 400
.

[2] LG 48; AG 2. 35.

[3] SC 9.

[4] CD 13; PO 6; LG 8.

[5] Ev. N. 9, 30-34.

[6] AG 8. 2-4.

[7] LG 2-4; UR 2.

[8] GS 3. 12; AG 3.

[9] AG 6. 12; GS 27.

[10] AG 11-12.

[11] SC 9.

[12] AG 15.

[13] GS 44; AG 10. 11. 17.

[14] CD 33. 35.

[15] GS 3.

[16] GS 11. 22. 41; AG 11; Cf. CD 13.

[17] AG 25; Const. Cap. 1764, n. 42-48.

[18] PO 15. 18.

[19] PO12. 18.

[20] PC 6. 15; PO 18.

[21] DV 21.

[22] DV 7. 25.

[23] SC 5-7. 10.

[24] SCRIS; cf. SC 48.

[25] SC 13; PC 6; PO 8.

[26] Eccl. S 11. 21; SC 12.

[27] LG 56; PO 18.

[28] LG 66, 67.

[29] PO 13, 18.

[30] AG 24.

[31] PO 18.

[32] SC 110.

[33] RC 2.

[34] LG 3. 44; PC 5; AG 24.

[35] LG 44.

[36] PC 1. 5.

[37] LG 44; PC 25.

[38] AG 24.

[39] LG 41; PO 14; PC 8.

[40] PO 16; PC 12.

[41] PO 16.

[42] PC 12.

[43] PO 17; PC 13.

[44] AG 11.

[45] PC 13.

[46] PO 15; PC 14.

[47] PC 14.

[48] PC 2a.

[49] PC 8. 18; OT 19.

[50] GE 2; OT 11; PC 5. 8; AG 25.

[51] PC 24.

[52] AG 23; LG 12; PC 24.

[53] OT 11. 6. 7; PO 18.

[54] PC 6.

[55] OT 9; AG 25.

[56] PC 18.

[57] OT 4. 5. 6.

[58] OT 6.

[59] OT 8. 17; PO 19.

[60] LG 13; GS 31. 75; PC 14.

[61] Eccl. S. 11. 18.

[62] GS 32.

[63] SC 1; PC 2-4.

[64] PC 14; Eccl. S. 11. 18.

[65] CIC can. 596. 622.

[66] CIC can. 596. 622.

[67] PC 14; CD 16; LG 27.

[68] PO 17.

[69] PC 13; PO 17.