Chers confrères,
1.
Alors que nous entrons dans le dernier
mois du sexennat, les yeux de la Congrégation
sont fixés sur le XXIVème Chapitre Général.
Même si je crois être capable d’offrir un
rapport au Chapitre sur l’état de notre Institut,
je voudrais dire quelque chose directement
à tous les membres de la Congrégation, qui
ont confié le service de Supérieur Général
à un frère indigne. Je salue aussi les Sœurs
Rédemptoristines et les autres religieux et
missionnaires laïques qui partagent notre
esprit, vous demandant de lire cette réflexion
du point de vue de votre propre vocation dans
le Corps du Christ. Sans doute que le lecteur
pourra percevoir combien j’aime notre Congrégation
et l’espoir que j’ai en notre avenir.
2.
Au cours des dernières 12 années, on
m’a souvent demandé comment j’ai reçu ce ministère.
J’étais tenté de répondre avec trois “c“,
prononcés par notre saint Fondateur: capitolo…cavallo…cieco
– le Chapitre est un cheval aveugle! Toutefois,
je suppose qu’en 1997 Dieu jugea que je n’aimais
pas assez la Congrégation, c’est pourquoi
on m’a donné douze ans d’éducation intense
dans la grandeur de notre vocation.
3.
Cette lettre veut continuer une invitation,
formellement faite aux Rédemptoristes, il
y a deux ans: de considérer notre engagement
en hommes engagés par vœux à suivre dans les
pas du Christ Rédempteur, en prêchant l’Evangile
aux pauvres. J’espère que vous serez d’accord
qu’un regard honnête sur le sens de notre
profession religieuse n’est pas seulement
un résultat naturel du travail des derniers
chapitres généraux mais aussi une tâche particulièrement
pressante à la lumière de la situation actuelle
de la Congrégation.
4.
Dans la première section de cette lettre,
je signalerai quelques circonstances qui nous
conseillent vivement de porter un regard courageux
et complet sur notre manière de suivre Jésus-Christ.
Vous voudrez compléter cette description avec
des expériences de votre propre situation
sociale et ecclésiale. Dans la seconde section,
je tenterai d’évaluer cette réalité à la lumière
de l’Evangile et de notre patrimoine spirituel.
Plutôt que d’essayer de proposer tous les
critères qui devraient nous guider aujourd’hui,
j’espère insister sur un point qui est un
élément particulièrement critique pour une
fidélité créatrice à notre vocation. Enfin,
je proposerai quelques lignes communes d’action
dans le but d’encourager notre unité sur les
éléments essentiels, tout en respectant la
diversité existentielle à l’intérieur de la
Congrégation.
I. VOIR
Lorsque viendra l’Esprit de
vérité, il vous fera accéder à la vérité toute
entière. Car il ne parlera pas de son propre
chef, mais il dira ce qu’il entendra et il
vous communiquera tout ce qui doit venir.
(Jn. 16,13)
5.
Qu’est-ce que le Saint-Esprit pourrait
nous enseigner sur notre manière particulière
d’être disciple, la vita
apostolica, une vie «dans laquelle ne
font qu’un…leur vie toute à Dieu et leur travail
missionnaire» (Const. 1)? Qu’est-ce que le
Saint Esprit peut dire aux Rédemptoristes
aujourd’hui? Comment écoutons-nous l’Esprit
de vérité, qui nous déclare les choses qui
doivent venir (Jn. 16,13)?
6. Où pouvons-nous commencer? La vie apostolique
Rédemptoriste est, d’abord et avant tout,
une vie. Ainsi, un point utile de départ pour
regarder notre manière d’être disciple est
de chercher des signes de vitalité parmi les
missionnaires Rédemptoristes aujourd’hui.
Cette recherche est particulièrement critique
pour les Rédemptoristes, puisque dès le début,
notre Congrégation avait une intuition particulière
dans l’abondance de la vie qui se trouve avec
Jésus-Christ; de là notre devise Copiosa apud Eum Redemptio. La recherche de la vitalité dans notre
vie apostolique ne peut pas être un exercice
de fantaisie ou une pensée vide. Même si nous
ne voyons pas clairement ce que l’Esprit fait
naître dans le monde, dans l’Eglise et donc,
dans notre Congrégation, nous pouvons quand
même identifier des signes d’une nouvelle
vitalité.
La
fascination exercée sur les Rédemptoristes
aujourd’hui par la personne de Jésus
7.
Je suis convaincu que la plupart des
Rédemptoristes aiment Jésus-Christ et expriment
cet amour avec générosité, sacrifice de soi
et la persévérance. Quand les Rédemptoristes
prêchent, ils parlent de Jésus comme d’une
personne que nous connaissons intimement,
une personne qui manifeste la plénitude de
la beauté et l’amour de Dieu dans la croix;
dans son évangile, nous découvrons le chemin
de la vraie libération et de la solidarité.
8.
Dans les visites des Unités de la Congrégation,
les membres du Conseil Général ont la chance
privilégiée de voir la sorte de pouvoir que
les Rédemptoristes découvrent dans le Rédempteur.
Ces visites démontrent que le profil des Rédemptoristes
contenu dans la Constitution 20 n’est pas
une idylle fantaisiste. Les Conseillers généraux
et moi-même avons vu de première main la sorte
d’héroïsme qui caractérise la Congrégation:
des confrères qui “renonçant à eux-mêmes sont
toujours prêts à entreprendre ce qui est exigeant”,
soit que le travail à faire devienne une mission
particulièrement difficile ou simplement qu’ils
persévèrent dans leur vocation quand, comme
Abraham, ils doivent “espérer contre toute
espérance” (Rom. 4,18).
9. La source de cet amour audacieux c’est le Rédempteur,
que les Rédemptoristes sont “heureux de continuer”
(Con. 20). Le premier et le plus important
signe de vitalité dans notre vie apostolique
est la redécouverte constante et l’engagement
renouvelé des Rédemptoristes à Jésus-Christ,
qui est le chemin, la vérité et la vie (Jn.
14,6).
Le
désir de naître de nouveau
10.
Loin d’être une certaine sorte de bastion
immobile qui prétend exister en dehors de
l’histoire, la Congrégation lutte pour continuer
son pèlerinage avec une fidélité créatrice,
sous l’inspiration du Saint-Esprit. Le Second
Concile du Vatican engagea les religieux,
guidés par des critères essentiels, à commencer
un processus de renouveau: un retour à la
Parole de Dieu, surtout aux Evangiles, un
retour à l’esprit du fondateur et aux valeurs
fondamentales des origines, et le besoin de
donner une réponse concrète aux signes des
temps.
Les principes du décret Perfectae
Caritatis et la doctrine du magistère
à la suite du Concile furent acceptés avec
enthousiasme par la Congrégation et, aujourd’hui,
le renouveau a produit des résultats concrets.
11.
Nos Constitutions
et Statuts généraux offrent des normes
qui sont clairement enracinées dans l’intuition
spirituelle d’Alphonse mais assez flexibles
pour permettre l’inculturation nécessaire
de notre vie apostolique dans la vaste panoplie
des cultures où la Congrégation accomplit
sa mission. Quelques confrères ont consacré
des décades de leur vie à une recherche approfondie
de notre histoire et de notre patrimoine spirituel
et ils ont produit une richesse de nouvelles
ressources pour comprendre notre vie apostolique.
Au cours des dernières quarante années, nous
avons approfondi notre appréciation pour la
vie et l’inspiration originale de saint Alphonse
ainsi que de ses méthodes missionnaires et
de sa spiritualité. Nous savons beaucoup plus
sur la vie de nos autres saints et bienheureux
ainsi que sur l’aventure de la grâce qu’a
été l’histoire de la Congrégation, au cours
des dernières 276 années.
12. Le fruit d’une telle recherche ne ramasse pas
la poussière dans les bibliothèques des communautés.
Plusieurs confrères participent à des cours
sur notre spiritualité et notre histoire à
Rome ainsi qu’aux niveaux provinciaux et régionaux.
Les rencontres régulières des supérieurs majeurs
travaillent avec ardeur pour évaluer les forces
et les faiblesses des efforts de leurs Unités.
Un nombre de supérieurs provinciaux veulent
bien prendre l’initiative pour répondre à
de nouvelles exigences pastorales. Et je remercie
Dieu pour un degré recommandable d’insatisfaction
dans la Congrégation! Nous nous disons mutuellement
que nous pouvons être meilleurs que le status
quo et que nous refusons d’être séduits
par la médiocrité. Plusieurs de nous espèrent
être plus cohérents dans nos décisions et
plus prophétiques dans notre style de vie.
Loin d’être une plainte inutile, un tel mécontentement
peut être un signe de vitalité et indiquer
une ouverture à la conversion.
L’importance
fondamentale de la mission
13.
Les nouvelles Constitutions insistent
que par «la charité apostolique les confrères
coopèrent à la mission du Christ Rédempteur»
(Const. 52), elle donne unité à la vie Rédemptoriste,
une vie qui trouve sa pleine expression dans
la vita apostolica. Les Chapitres Généraux
suivants rappellent à la Congrégation que
toute activité pastorale ou style de vie ne
peuvent être justifiés comme une expression
cohérente de notre charisme. En 1985, le XXème
Chapitre Général provoqua la Congrégation
à la proclamation explicite, prophétique et
libératrice de l’Evangile aux pauvres, et
en même temps, nous laissant évangélisés par
eux.
Le XX1ème Chapitre Général nous rappela que
notre vie communautaire constitue le premier
signe de notre être de prédicateurs de l’Evangile;
de plus notre communauté est une présence
effective du règne de Dieu au milieu des hommes
et des femmes.
14.
D’une part, la réflexion des dernières
années a amené plusieurs Rédemptoristes à
entrevoir une mission qui excite notre imagination
et nous invite à prendre des initiatives courageuses
et prophétiques, allant au delà des frontières
traditionnelles de la proclamation de Jésus-Christ,
à travers l’inculturation, l’œcuménisme et
le dialogue interreligieux, ainsi que par
les nouvelles formes des moyens de communications,
tout en maintenant une préférence pour les
pauvres et les exclus de la société. Alors
que les missions paroissiales et les autres
formes de prédication itinérante jouissent
encore d’une place d’honneur parmi nous, nous
avons découvert de nouvelles possibilités
par le ministère des sanctuaires, des paroisses,
des centres de retraites, des stations de
mission, des media, de la direction spirituelle
et de la catéchèse.
15. D’autre part, le débat sur les traits essentiels
de notre mission – une discussion qui est
devenue plus précise à cause du processus
de la restructuration – nous rappelle que
nous ne sommes pas dispensés de faire des
choix et que nous devons lutter pour enraciner
nos décisions dans des critères proposés par
l’Evangile et notre compréhension du charisme
Rédemptoriste. Comme Alphonse, Clément et
tous nos pères dans la foi, nous devons décider
à qui nous sommes appelés, comment nous devons
vivre et quelles méthodes pastorales sont
appropriées pour accomplir la mission que
nous avons reçue. Une nouvelle appréciation
de l’importance fondamentale de la mission
naturellement défie toute tendance à la passivité
ou une tendance «de nous figer dans des méthodes
ou des structures telles que notre action
cesserait d’être missionnaire» (Const. 15).
En même temps en soulignant l’importance de
la vie de communauté et la spiritualité, la
réflexion des derniers Chapitres Généraux
avertit les Rédemptoristes de ne pas simplement
réduire la mission au travail pastoral.
Fidélité
aux pauvres abandonnés
16. Le Conseil Général a vu plusieurs exemples de
la fidélité fondamentale des Rédemptoristes
aux pauvres abandonnés. Certains de ces choix
ont mis en danger la vie même des confrères.
Je pense aux Rédemptoristes qui sont restés
proches du peuple souffrant d’Irak ou aux
confrères de la Côte d’Ivoire, qui sont restés
dans une région déchirée par la guerre civile
et désertée par la plupart du clergé, incluant
l’évêque diocésain. Il y a des Rédemptoristes
qui proclament l’Evangile dans un pays étranger
où les résultats apparents de leur travail
sont beaucoup plus modestes que ceux qu’on
pourrait attendre dans leur province d’origine,
comme les confrères du Brésil au Surinam ou
les missionnaires Polonais en Sibérie. Quelques
Provinces ont ouvert des communautés dans
de nouvelles situations culturelles, comme
le ministère parmi les Afro-Colombiens à Buenaventura
(Colombie) ou les premiers efforts pour établir
une présence missionnaire au Laos. De tels
engagements démontrent l’attention spéciale
que la Congrégation continue de porter pour
les pauvres, les dépourvus et les opprimés
(Const. 4), nous rappelant qu’il est plus
important d’être là où il y a un manque pastoral
plutôt que de demeurer dans des Eglises bien
établies avec un nombre impressionnant de
participants.
La
recherche de la communion
17.
Dès les débuts, la Congrégation a été
très proche du peuple qu’elle sert; elle a
essayé de différentes façons d’engager le
peuple dans les efforts missionnaires. Cette
tradition a reçu un nouvel élan ces dernières
décades, commençant avec le XXIème Chapitre
Général, qui reconnut un besoin d’ouverture
à la coopération avec les laïcs et exprima
son support pour les initiatives nouvelles,
incluant l’établissement d’une nouvelle figure
dans la Congrégation, «Les Missionnaires laïcs
du Très-Saint-Rédempteur».
18. Même s’il reste encore beaucoup à faire pour une
intégration effective des laïcs dans notre
mission, il semble y avoir un consensus grandissant
dans la Congrégation regardant la valeur des
initiatives partagées, comprenant des Rédemptoristes
et des laïcs. Il est aussi clair que les deux,
les laïcs et les Rédemptoristes, ont besoin
d’une formation théologique, pastorale et
spirituelle, pour assurer que cette association
donne témoignage de notre égalité essentielle
devant le Seigneur, tout en respectant la
vocation particulière de chacun. La Congrégation
ne se retirera pas de la recherche de la communion
qui rend possible une mission partagée au
service de l’Eglise et de l’humanité.
Le
besoin d’une spiritualité renouvelée
19.
Finalement, les Rédemptoristes essaient
d’appliquer le patrimoine spirituel de la
Congrégation aux nouvelles circonstances où
nous vivons et travaillons aujourd’hui. Il
y a parmi nous ce sentiment que la démarche
spirituelle des confrères qui sont passés
avant nous, d’abord Alphonse et d’autres comme
lui, nous donne de précieuses intuitions dans
la manière de suivre le Christ aujourd’hui.
Dans cette recherche, nous avons besoin d’avoir
des points de référence clairs et dignes de
foi qui définissent l’orientation de notre
spiritualité missionnaire. Notre vision doit
être enracinée dans les Evangiles, dans l’esprit
d’Alphonse et dans l’expérience actuelle des
Rédemptoristes, au cours des siècles. Evidemment,
cette recherche spirituelle ne peut pas être
bloquée dans le passé, ou, ce qui serait encore
plus dommageable, essayer de transporter le
passé dans le présent sans discernement.
20.
Le Conseil Général est encouragé de
voir le renouveau des retraites communes dans
plusieurs provinces, ainsi que l’intérêt pour
les publications, les ateliers et les cours
sur les éléments essentiels de la spiritualité
Rédemptoriste. Un bon nombre de (Vice-) Provinces
ont programmé des événements spéciaux durant
l’année de la réflexion sur la vie apostolique
Rédemptoriste. Souvent l’attrait des laïques
pour notre patrimoine spirituel a stimulé
les Rédemptoristes à une plus grande étude
et appréciation de notre héritage.
21. Alors que je vois plusieurs exemples de la vitalité
dans notre vie apostolique aujourd’hui, notre
Congrégation, comme l’Église, passe à travers
divers étapes dans le long pèlerinage de l’histoire.
Nous ne sommes pas des extra-terrestres exempts
des mêmes forces qui changent profondément
les sociétés individuelles et leurs institutions,
comme le monde en bloc. Quelques-unes de ces
forces peuvent servir à obscurcir les signes
de vitalité dans notre vie apostolique et
même nous amener à arracher la mission de
la Congrégation de son origine divine et la
réduire simplement à des statistiques, à des
tendances démographiques et culturelles. Permettez-moi
d’essayer d’introduire quelques-uns des traits
les plus inquiétants de ce problème.
Les
conséquences d’une chute précipitée
en
nombre dans l’Ouest
22.
On trouve beaucoup de évidence pour
tester l’optimisme des Rédemptoristes aujourd’hui.
Au cours des cinq dernières décennies, comme
la plupart des principaux Ordres et Congrégations
d’hommes, notre Congrégation a souffert un
déclin drastique en nombre, surtout en Europe
de l’Ouest, en Amérique du Nord et en Océanie.
Les raisons derrière ce phénomène sont multiples
et complexes. Selon le but de cette réflexion,
je propose de signaler quelques résultats
de ce déclin, plutôt que de chercher les causes.
23.
Les Unités les plus affectées par ce
déclin ont joué un long et remarquable rôle
efficace dans la mission de la Congrégation.
Non seulement elles ont exercé une grande
influence dans l’histoire de l’Eglise locale
de leur région particulière, mais aussi implantèrent
la Congrégation à travers l’hémisphère du
sud. Un petit nombre de ces Provinces continuent
de porter la part du lion dans le financement
des projets communs de la Congrégation, tels
que le Fonds de Solidarité, l’Académie Alphonsienne
et le Gouvernement général, tout en offrant
discrètement un secours direct aux Unités
dans le besoin à travers le monde. Le déclin
du nombre des confrères et leur âge élevé
ne peut que réduire la marge des possibilités
de ces Unités; les coûts des soins médicaux
qui augmentent pour les vieux ont diminué
les montants d’aide financière que ces Unités
peuvent offrir à la Congrégation. De plus
ces Unités ont acquis des intuitions valables
regardant les relations compliquées entre
la foi, la religion et la société sécularisée.
Le déclin de la Congrégation dans ces régions
a appauvri la vie de l’Église
24.
Au
delà de telles conséquences immédiates, toutefois,
le peu d’attrait apparent de notre manière
de vivre a produit chez les jeunes de l’ouest
de sérieux doutes parmi quelques évêques,
les laïcs et même les Rédemptoristes, touchant
l’avenir de la Congrégation et de la vie consacrée
elle-même. Dans leur gouvernement de tous
les jours ainsi que dans la planification
pour l’avenir, plusieurs Unités se sentirent
obligées de favoriser le maintien plutôt que
la mission et un vocabulaire de retranchement
et de diminution a remplacé un langage d’abondance
qui traditionnellement était associé avec
la vie consacrée.
25.
S’accommodant avec un horizon encore
plus étroit de possibilités, les confrères
souvent expriment une résignation mélancolique,
même de la tristesse, quand ils rappellent
«l’âge d’or» de leur Unité. Il n’est pas exagéré
d’observer que la Congrégation dans l’Ouest
est peut-être une victime de notre succès,
quand les confrères rappellent une période
historique où un nombre surprenant de candidats
se présentait, permettant alors l’énergie
qui a rendu possible une expansion dramatique
du ministère.
Passage
du légalisme à ???
26.
La Congrégation vit encore les conséquences
du passage de la Règle à la révision des Constitutions
et des Statuts. Depuis le début, les Rédemptoristes
avaient codifié certaines normes visant à
conserver les valeurs les plus chères de notre
manière de suivre le Christ. Ces normes servaient
à guider la Congrégation dans ses plus importantes
décisions, tout en transmettant, aux générations
successives, l’expérience spirituelle de la
vie apostolique. Pour une grande partie de
notre histoire, le but des Rédemptoristes
était de vivre les prescriptions de la Règle
comme une voie à la sainteté et pour accomplir
le travail de la Congrégation. L’observance
était la valeur clef. La Règle gouvernait
notre ministère et la vie commune à un tel
degré qu’on disait qu’on pouvait aller à toute
maison que nous avions dans le monde et qu’on
pouvait y trouver de grandes similitudes dans
le style de vie, jusque dans l’ameublement
des chambres de chaque confrère.
27.
A la lumière du renouveau commencé
par le décret Perfectae Caritatis, l’observance des prescriptions de la Règle était
vue comme une insistance exagérée sur la loi
et des pratiques ascétiques usées par le temps,
même comme une préférence de la lettre sur
l’esprit.
28.
Au contraire, les Constitutions et
les Statuts révisés offrent un riche contenu
théologique ainsi qu’une vraie flexibilité
où «notre organisation et nos institutions
doivent être commandées par les exigences
de l’apostolat et la diversité de chaque mission,
dans la fidélité au charisme de la Congrégation»
(Const. 96). Si on examine les Constitutions
et les Statuts à la lumière des critères recommandés
par le no. 2 du décret de Perfectae
Caritatis, il n’y pas de doute «qu’ils
nous relient à l’esprit original de l’Institut»
et favorisent «l’adaptation de cet esprit
aux conditions changées de notre temps». Toutefois,
on doit se demander si en réalité les Constitutions
s’avèrent capables de transmettre la vie Rédemptoriste?
Je me réfère évidemment au rôle apparemment
mineur que les Constitutions jouent dans la
réflexion, les décisions et la vie quotidienne
de plusieurs Unités de la Congrégation.
29.
Au cours des dernières décades, alors
que les traditions et les normes ont perdu
leur sens, on a accordé une valeur critique
à l’expérience personnelle et à la capacité
de chaque individu de rencontrer Dieu. Quand
elles sont passées au filtre des critiques
subjectives, les vieilles pratiques et les
formules anciennes ne portent plus à une expérience
personnelle valide de Dieu. Ceci peut aider à expliquer
les luttes que les communautés locales ont
pour établir une vie régulière de prière commune.
Il y a dix huit ans, le XXlème
Chapitre Général remarqua un défi qui continue
même aujourd’hui: «quand nous avons abandonné
les pratiques considérées non-authentiques
ou non-adaptées au présent, de nouvelles capables
de combler le vide produit ne sont pas apparues».
30.
Les Constitutions non-familières et
qui semblent avoir un rôle inconséquent dans
une grande partie de la vie de la Congrégation
privent les Rédemptoristes d’un langage commun
ainsi que de principes avec lesquels nous
pouvons mesurer nos vies et fonder nos décisions.
31. Quand une Province doit faire des choix regardant
les méthodes pastorales, développer des attentes
pour la vie communautaire ou étudier pour
établir ou abandonner des fondations, le débat
est gouverné par des croyances, des attitudes
ou des opinions qui peuvent ou ne pas avoir
beaucoup de lien avec les valeurs exprimées
dans les Constitutions. Des dichotomies nuisibles
continuent d’apparaître, quoique sous de nouvelles
formes. On entend moins ‘chartreux à la maison
et apôtres au dehors’ et plus «être» plutôt
que «faire», «l’activisme» opposé à «la contemplation»,
«les missions» opposées aux «paroisses». Il
me semble que ces exemples et d’autres semblables
de juxtaposition reflètent une déconnexion
fondamentale avec la spiritualité des Constitutions
et Statuts généraux.
Cléricalisme
32.
Nous devons nous demander si oui ou
non dans la Congrégation augmente un type
de cléricalisme qui nous éloigne de la vérité
de la Constitution 54, qui nous rappelle que
la profession religieuse (pas l’ordination)
est l’acte définitif de toute la vie missionnaire
des Rédemptoristes. Le cléricalisme est enraciné
dans l’idée que tout ce qui se rapporte à
la religion est un droit et la responsabilité
des clercs de prendre les décisions et de
donner des ordres, et que le rôle des laïcs
est de les accomplir. Cette sorte de cléricalisme
n’augmente pas dans la Congrégation. Cependant
il peut y avoir une augmentation subtile mais
réelle de la culture cléricale, qui est un
milieu dans lequel la vocation Rédemptoriste
est réduite au sacerdoce ordonné et notre
mission est pensée en termes de ministères
du culte qui sont réservés aux prêtres. Deux
phénomènes indiquent cette plus profonde possibilité.
33.
D’abord, le nombre des Frères Rédemptoristes
continue de diminuer pratiquement dans toutes
les Unités de la Congrégation. Il y a plusieurs
raisons derrière ce fait, mais ce qui m’inquiète
ce sont les Unités qui ne promeuvent plus
la vocation de Frères. Ceci est particulièrement
inquiétant dans les Provinces ou Vice-provinces
qui ont un bon nombre d’étudiants clercs,
mais disent que des raisons culturelles expliquent
l’absence des Frères. On dit que le peuple
considère le Frère comme un ‘moindre’ prêtre
– une sorte de clerc incomplet! Si le peuple
réellement croit cela, alors la Congrégation
a une chance de contredire une si sérieuse
mauvaise compréhension avec un exemple de
fraternité dans laquelle tous sont missionnaires
en vertu de leur profession (Const. 55) et
où tous les membres sont égaux, chacun à sa
façon jouant son rôle en vivant la vie et
accomplissant la mission à laquelle ils se
sont consacrée (Const. 35).
34.
Un autre signe inquiétant est la facilité
apparente avec laquelle les membres ordonnés
abandonnent la Congrégation pour être incardinés
dans un diocèse. Ce passage se fait souvent
au début de la vie d’un prêtre Rédemptoriste,
qui voit l’incardination comme une solution
attrayante d’une crise personnelle. Malheureusement,
il y a des évêques qui sont anxieux d’accueillir
un prêtre religieux, surtout si le clerc est
jeune ou a une formation spécialisée. La vocation
diocésaine du prêtre est une vocation digne
mais elle est fondamentalement différente
de notre manière d’être disciple. Quand un
confrère est incardiné dans un diocèse, j’ai
souvent entendu dire ‘Au moins son sacerdoce
est sauvé!’ Que veut-on dire en valorisant
le sacerdoce et en considérant moins importante
la vie dans laquelle il est exercé, c’est-à-dire,
la Congrégation ou un diocèse?
35. En plus du cléricalisme, il peut se trouver d’autres
castes qui divisent la Congrégation. Une valeur
exagérée du ‘professionnalisme’, avec un code
d’habit et une manière de parler, où une répartition
selon les lignes idéologiques qui comportent
une confrontation entre des opinions contraires
sur des questions théologiques ou politiques,
diminuant le témoignage de groupe d’une Province.
Des différences ethniques, nationales ou régionales,
créent des barrières parmi les confrères.
Comme le cléricalisme, ces sources de fragmentation
suggèrent que pour un nombre de confrères,
il y a des points plus forts d’identification
que notre commune profession comme Rédemptoristes.
La
question de la dimension prophétique
36.
Aujourd’hui plusieurs confrères parlent
de la diminution du témoignage de notre façon
de vivre – que la dimension prophétique de
notre vocation est faible, même absente. Ce
souci est apparu fortement cette année dans
plusieurs rencontres régionales, surtout en
Amérique Latine. Même si les confrères d’autres
régions n’expriment pas ce souci avec autant
d’emphase, je me demande s’il n’y a pas un
malaise répandu parmi les Rédemptoristes,
un sentiment d’anxiété où nous avons permis
à la nature radicale de notre vocation d’être
compromise, par un style de vie plus bourgeois,
où le témoignage en bloc est annihiler par
la préférence personnelle. Nous ressentons
que la vie Rédemptoriste n’a jamais voulu
être une carrière bien balancée, avec des
heures régulières, des descriptions bien claires
des tâches et toutes sortes de garanties.
Mais souvent nous sommes incertains sur quelle
sorte de témoignage à offrir: qu’est-ce que
nous proclamons…qu’est-ce que nous dénonçons?
37.
Dans la première partie de cette lettre,
je vous invitais à penser à ce que le Saint-Esprit
pourrait nous dire sur notre manière particulière
d’être disciple, la vita
apostolica. En examinant quelques caractères
de la Congrégation, aujourd’hui, j’ai essayé
d’indiquer à la fois les signes de vitalité
ainsi que les raisons pour lesquelles nous
devons nous préoccuper de notre manière d’être
disciple. D’après votre propre expérience,
probablement que vous avez pensé à d’autres
exemples de vigueur et de déclin. J’aimerais
illuminer la réalité de la Congrégation en
me tournant sur ce que je considère être le
vœu qui peut faire une contribution cruciale
à la vie apostolique des Rédemptoristes aujourd’hui:
le vœu d’obéissance. Avant qu’on devienne
trop nerveux et qu’on commence à voir apparaître
les spectres d’autoritarisme et de centralisation,
permettez-moi de m’expliquer.
II. Juger
Comportez-vous ainsi entre
vous, comme on le fait en Jésus-Christ… (Phil.
2,5)
Les
vœux aujourd’hui
38.
La profession religieuse devient donc
l’acte qui définit toute la vie missionnaire
des Rédemptoristes (Const. 54). La force de
cette profession n’est pas simplement une
promesse de vivre les conséquences des trois
vœux, avec le vœu et le serment de persévérance.
Plus que la prise d’obligations, la profession
religieuse représente un mouvement de l’Esprit-Saint,
qui conduit les Rédemptoristes à n’épargner
aucun effort pour arriver au don total d’eux-mêmes
en réponse au Seigneur qui les a aimés le
premier (Const. 56). Les vœux sont certainement
de grande conséquence dans tout le processus
de la vie du don de soi, mais sont aussi un
engagement «à une vie d’amour fraternel» et
«de charité apostolique», comme notre formule
de profession le dit clairement.
39.
Pour les Rédemptoristes, les vœux
doivent se vivre à la lumière de la mission
reçue par la Congrégation et ont autant à
voir avec la communauté qu’avec les membres
individuels. Individuellement, les vœux peuvent
paraître comme déterminant comment les Rédemptoristes
se comportent avec l’ordre social, la sexualité
et la propriété. Ensemble, ils représentent
un engagement assumé librement et publiquement,
à une vie de don de soi-même qui se modèle
sur l’exemple de l’amour du Christ pour Son
Eglise. Comme Lui, notre don est total et
irréversible.
40.
A quoi peut servir alors de signaler
un vœu comme ayant une valeur unique pour
la vita
apostolica dans la première décennie du
vingt-et-unième siècle? Si oui, laquelle?
Quand on considère le témoignage évangélique
des vœux contre l’arrière-plan des événements
courants, on peut affirmer que la chasteté
religieuse offre l’unique témoignage à la
face des scandales publics, causés par les
inconduites sexuelles des clercs et des religieux,
ainsi que la réduction de l’expression sexuelle
à un besoin biologique nécessaire. D’autre
part, étant donnée notre préférence pour les
abandonnés et parmi eux, les pauvres, nous
voulons certainement mieux comprendre et vivre
d’une façon plus cohérente le conseil évangélique
de la pauvreté. Toutefois, je vais montrer
que l’obéissance joue un rôle particulièrement
décisif dans la vie apostolique aujourd’hui.
41.
C’est pratiquement un cliché de dire
que nous vivons au milieu d’un monde, d’une
Eglise et d’une Congrégation, qui changent
vite. Notre époque est appelée un temps de
transition, marqué par “des grandes avancées
dans la science et la technologie ainsi que
par des moyens de communications puissants
qui parfois colonisent l’esprit’’. Il y a cette expérience
ambiguë de la globalisation qui nous rend
interdépendants en même temps qu’elle détruit
les identités culturelles particulières. Mais
notre époque représente aussi «des moments
de kairos où nous sommes surpris et nous réalisons que le Dieu qui parle
est le Seigneur de l’histoire». Nous faisons
l’expérience «d’une soif et d’une crise de
sens qui nous présentent mille propositions
et promesses».
42.
Même dans ‘l’entre-temps’ du moment
présent, la Congrégation doit faire des choix.
Elle n’est pas libre d’être capricieuse, ni
ne peut déterminer les critères pour ses options
seulement de ses propres lumières. Parmi la
cacophonie des voix qui veulent «coloniser»
son esprit, la Congrégation a besoin de distinguer
la voix de Celui qui nous a appelés à être
Ses «aides, compagnons et ministres pour le
grand travail de la Rédemption, en prêchant
la Parole du salut aux pauvres» (Const. 2).
Parce que les Rédemptoristes sont appelés
à répondre aux situations d’urgence pastorale
réelles (Const. 5), nos choix devraient être
évalués régulièrement, à moins de nous laisser
«enfermer dans des engagements et des structures
qui ne rendraient plus missionnaire notre
action» (Const. 15).
43.
L’expérience tumultueuse de changement
dans notre Institut au cours des cinq dernières
décades ainsi que le flux des demandes du
monde aujourd’hui exigent que les Rédemptoristes
aient des cœurs d’écoute et de discernement,
libres de suivre les inspirations du Saint-Esprit.
C’est pourquoi, je propose que nous portions
une attention au vœu d’obéissance comme un
engagement à une recherche coresponsable de
la volonté de Dieu selon le charisme de la
Congrégation.
44. Alors qu’une considération complète du vœu comprend
le rôle de l’autorité dans la vie apostolique
ainsi que l’obligation des membre à obéir
aux demandes légitimes de leurs supérieurs,
dans cette réflexion, j’aimerais réfléchir
sur notre vœu dans le contexte radical décrit
par Paul VI: «Même plus qu’une obéissance
purement formelle et légaliste à la loi de
l’Eglise ou une soumission à l’autorité ecclésiastique,
l’obéissance est une pénétration et l’acceptation
du mystère du Christ, qui, par obéissance,
nous sauve. C’est une continuation de Son
geste fondamental: disant oui à la volonté
du Père.» L’obéissance en ce sens
fondamental est en accord avec la Parole de
Dieu et le riche patrimoine spirituel de la
Congrégation et nous aidera à distinguer la
voix de notre Maître et à reconnaître le kairos
dans le chaos de nos temps.
Une
question et une réponse
45.
L’Evangile présente un nombre «d’histoires
de vocation», des rapports qui relatent que
Jésus offre un appel, accepté ou rejeté par
Ses auditeurs. Mon «histoire» favorite dans
tout l’Evangile de Jean commence par une question
et se termine par une invitation. Les premiers
mots de Jésus sont «Que cherchez-vous?» (Jn.
1,38); l’Evangile finit avec ses paroles à
Pierre «Toi, suis-moi.» (Jn. 21,22). Contrairement
à l’appel aux apôtres dans les synoptiques,
les premières paroles de Jésus à André et
aux autres disciples est un appel à leur désir,
leurs rêves et leurs idéals: «Que cherchez-vous?».
L’Evangile est l’histoire de la rencontre
incroyable entre le Dieu qui «a tant aimé
le monde» et les plus profondes faims du cœur
humain. L’appel à suivre vient après la révélation
du mystère pascal dans lequel le plan salvifique
du Père est complètement dévoilé.
46.
La recherche de Dieu a toujours été
la recherche de tout être assoiffé d’Absolu
et de l’Eternel. Les grandes traditions
religieuses reflètent cette recherche, comme
le font les sociétés sécularisées, où les
hommes et les femmes cherchent une certaine
sorte de sens dans la vie, la mort, l’amour
et la souffrance, sans référence à la foi
révélée. Comme Paul à l’Aréopage, si nous
faisons attention aux ‘temples’ que ces sociétés
construisent, nous pouvons découvrir plusieurs
autels à l’Agnostos Theos (cf. Ac. 17,23).
47.
Pour les Rédemptoristes, la recherche
du sens ultime trouve la réponse définitive
en Jésus-Christ. Ensemble avec nos frères
et sœurs dans la foi, nous confessons «Maitre,
à qui irions-nous? Tu as des paroles de vie
éternelle. Et nous, nous avons cru et nous
avons connu que tu es le ‘Saint de Dieu’»
(Jn. 6,68-69). Mais, même quand nous sommes
parvenus à cette joyeuse connaissance de ce
que nous cherchons (cf. Jn. 1,41), la recherche
continue.
48. Notre profession est «l’acte qui engage toute
notre vie missionnaire» (Const. 54), mais
elle est aussi la continuation de la recherche.
Je pense à l’image de Jésus dans la chapelle
de la Curie Générale, qui le représente aux
trois-quarts de profil. Il y a toujours le
côté caché du Maître, ainsi notre prière continue
à être «je cherche ta face, Seigneur.»(Ps.
27,8).
L’obéissance
est due à Dieu seul
49.
Le point de départ nécessaire pour
considérer l’obéissance est la foi, notre
réponse à la plus fondamentale vocation que
nous avons reçue au baptême. Dans son sens
théologique, l’obéissance est due à Dieu seul.
Toute autre manifestation d’obéissance religieuse
est une médiation, un moyen pour une fin,
dirigée à la seule vraiment importante et
décisive volonté dans la vie d’un chrétien
et donc d’un Rédemptoriste.
50. L’obéissance reconnaît la primauté de Dieu sur
tout et sur tous. Ainsi, dans leur plus fondamentale
identité, la Congrégation et l’Église ne sont
pas structurées en deux classes, ceux qui
commandent et ceux qui obéissent. A tous ses
disciples Jésus dit: «Vous n’avez qu’un seul
maître et vous êtes tous frères.» (Mt. 23,8).
Tous dans l’Église doivent chercher la volonté
de Dieu et tous sont appelés à être obéissants,
puisque celui qui fait la volonté du Père
est «frère, sœur et mère de Jésus-Christ.»
(Mt. 12,50).
Le
Christ est le modèle d’obéissance
51.
Les Constitutions reconnaissent que
les Rédemptoristes ont reçu un modèle visible
comment nous devrions chercher et vivre la
volonté de Dieu dans l’histoire. La première
Constitution sur le vœu d’obéissance commence:
«A l’exemple du Christ venu pour faire la
volonté de son Père et donner sa vie en rançon
pour la multitude…» (Const. 71). L’obéissance
à la volonté de Dieu n’est pas quelque chose
ajoutée à la personnalité du Christ mais plutôt
son expression complète: «Ma nourriture, c’est
de faire la volonté de celui qui m’a envoyé.»
(Jn. 4,34).Comme ses «aides, compagnons et ministres,
dans la grande œuvre de la Rédemption» nous
aussi nous sommes appelés à une obéissance
qui continue la mission donnée au Christ par
le Père.
52.
Ainsi, quand les Rédemptoristes parlent
de ‘la mission’ de la Congrégation, nous parlons
de l’obéissance, non de slogans usés ou de
réponses préfabriquées. Par ce vœu, nous «cherchons
le royaume de Dieu et nous communions intimement
au mystère pascal du Christ, mystère d’obéissance.»
(Const. 71).
53. Le point de référence est le Christ et le mystère
de sa kénose. L’expression concrète de la
mission dans l’histoire n’est pas toujours
de soi évidente; c’est pourquoi nous cherchons
la volonté de Dieu en esprit de foi et d’amour.
Saint Alphonse nous presse de continuer cette
recherche, en nous enseignant que notre vraie
réalisation vient en aimant Dieu, qui mérite
tellement notre amour, mais la perfection
de l’amour de Dieu consiste dans l’union de
notre volonté à la Sienne.
Quelle
est cette «volonté de Dieu»?
54.
Quelle est cette «volonté» du Père
que nous devons rechercher et – comme le Christ
– nous efforcer d’accomplir dans le cadre
du temps et des circonstances dans lesquelles
la Congrégations se trouve elle-même? La réponse
peut être trouvée dans les premiers mots de
la prière que Jésus nous a donnée: agir d’une
telle façon que le Père soit reconnu comme
l’Unique, que Son Royaume historique et eschatologique
arrive et que Sa volonté soit réalisée sur
la terre comme dans le ciel (cf. Mt.6,9-10). La Volonté Divine commence
à être réalisée quand nous croyons dans le
Fils envoyé par le Père par amour pour le
monde (Jn. 3,16ss.) pour qu’aucun ne périsse
(cf. Jn. 6,40). L’invisible point de référence
pour la volonté de Dieu est l’amour extravagant
du Père (Mt. 5,42-48); son point visible de
référence est la conduite du Christ envers
ceux qu’Il a aimé (cf. Jn. 15,9-17).
55.
Saint Paul énumère des actions apparemment
exemplaires qui en fin de compte sont sans
valeur, si elles sont faites sans amour (1Cor.
13,1-3). De la même façon, saint Alphonse
enseigne qu’il ne suffit pas de faire des
actions dignes de louanges, si la conduite
n’est pas faite en conformité avec la volonté
de Dieu. Ainsi toute option pastorale
assumée par un confrère, une communauté locale
ou une Province, ne peut pas être jugée en
accord avec le charisme de la Congrégation,
si le choix n’est pas fait en harmonie avec
la volonté de Dieu. Saint Augustin observe
brièvement: Martyres
non facit poena sed causa – ce n’est pas
la souffrance qui fait les martyrs mais leur
cause.
56.
Cependant l’authentique expérience
de Dieu demeure toujours l’expérience de l’altérité. Comme le Pape Benoît XVI
nous le rappelle dans sa seconde encyclique:
«aussi grande que puisse être la ressemblance
constatée entre le Créateur et la créature,
la dissemblance est toujours plus grande entre
eux.» Le prophète nous invite
à «rechercher le Seigneur puisqu’il se laisse
trouver, appelez-le, puisqu’il est proche.»
(Es. 55,6) et immédiatement il nous avertit
contre toute fausse intimité ou familiarité
facile: «C’est que vos pensées ne sont pas
mes pensées, mes chemins ne sont pas vos chemins,
oracle du Seigneur. C’est que les cieux sont
hauts, par rapport à la terre, ainsi mes chemins
sont hauts par rapport à vos chemins, et mes
pensées, par rapport à vos pensées.» (Es.
55,8-9).
57.
La sublime altérité de Dieu veut dire
que nous devons chercher Sa volonté par des
chemins qui sont en accord avec Sa révélation.
D’abord et avant tout, la vraie obéissance
de tout disciple est ‘l’adhésion à la Parole
avec laquelle Il se révèle et se communique.” La suite du Christ est
présentée dans l’Evangile comme la norme fondamentale
de la vie religieuse et doit être considérée
comme la règle suprême dans la Congrégation.
58.
Une autre médiation de la volonté de
Dieu est l’office d’enseignement de l’Eglise,
qui a la tâche de donner une interprétation
authentique de la Parole de Dieu, enseignant
avec autorité au nom de Jésus-Christ. Cependant
le Magister n’est pas supérieur à la Parole
de Dieu, mais sa servante. Elle peut enseigner seulement
ce qui lui a été transmis. Sous le commandement
divin et avec l’aide du Saint-Esprit, elle
l’écoute dévotement, conserve le dépôt de
la foi avec dévouement et le dévoile fidèlement.
59.
Il y a d’autres médiations de la volonté
de Dieu qui sont spécifiques de sa vocation
dans la vie. Les religieux, hommes et femmes,
sont appelés à suivre le Christ obéissant
à l’intérieur d’un «projet évangélique ou
charismatique, inspiré par l’Esprit et authentiqué
par l’Église.’» Dans son exhortation apostolique,
Vita Consecrata, le Pape Jean-Paul II
a montré «qu’il apparaît aujourd'hui nécessaire
pour tous les Instituts de renouveler leur
considération de la Règle, parce que, dans
cette dernière et dans les Constitutions,
un itinéraire est tracé pour la sequela
Christi, correspondant à un charisme propre
authentifié par l'Église.»
60.
La force de nos propres normes est
clairement indiquée dans la Constitution 74:
«Supérieurs et confrères unis en communauté
de l’Esprit-Saint doivent observer les Constitutions,
statuts et décrets, légitimement promulgués,
les considérant comme les moyens authentiques
où chaque confrère et chaque communauté adhère
sans répit à la volonté de Dieu, accomplissant
ainsi la mission du Christ qui a dit de lui-même:
‘Je suis descendu du ciel pour faire non ma
volonté mais la volonté de Celui qui m’a envoyé’.»
(Jn. 6,38). L’ignorance des Constitutions
et des Statuts ou leur rejet à la périphérie
de la vie d’une province ou de toute la Congrégation
mettent clairement en danger la fidélité de
ses membres.
61.
Enfin,
une médiation spécifique de la volonté de
Dieu pour la Congrégation est la voix des
pauvres abandonnés. Nous pensons à la rencontre
décisive d’Alphonse avec les bergers et les
gardiens des chèvres sur les hauteurs de Scala.
Ce qu’il a «entendu» là le conduisit à comprendre
et à accepter la volonté de Dieu: qu’il laisse
derrière les pauvres des faubourgs de Naples
et dépense le reste de sa vie parmi le peuple
le plus abandonné des campagnes.
62.
Nous
nous rappelons que chaque fois qu’Alphonse
voulait décrire son Institut aux autorités
ecclésiastiques ou civiles, il insistait comme
une caractéristique essentielle sur le fait
que ses communautés seraient placées au milieu
des pauvres abandonnés des campagnes. Ce caractère
distinguait les Rédemptoristes des Pii
Operai et des autres groupes missionnaires
qui continuaient à vivre dans les villes faisant
à l’occasion des sorties dans le monde des
abandonnés.
63. Selon mon opinion,
Alphonse insistait sur ce point non seulement
pour des raisons pastorales, c’est-à-dire,
pour donner aux abandonnés un plus grand accès
à nos maisons et permettre aux missionnaires
une entrée plus facile dans différents diocèses.
Connaissant le rôle décisif que la voix des
pauvres abandonnés jouait dans son propre
discernement, je crois qu’Alphonse voulait
que ses compagnons soient toujours près du
type de gens pour lesquels Jésus lui-même
montra une apparente préférence. Ainsi, leur
voix continuerait à révéler aux Rédemptoristes
l’originalité de leur vocation. Comme il écrivait
aux communautés de Scifelli et de Frosinone
en 1778:
Aider les âmes, mais spécialement les pauvres, les paysans
et les plus abandonnés. Rappelez-vous que
Dieu nous a envoyé evangelizare pauperibus
nos en ces jours. Gravez fermement dans
vos cœurs et cherchez seulement pour Dieu
dans les pauvres abandonnés si vous voulez plaire à Jésus-Christ.
64.
Nos Constitutions nous invitent à découvrir
le Seigneur dans le peuple qui a une revendication
spéciale sur nous: les «abandonnés» (Const.
3), avec une attention spéciale pour «les
pauvres, les déprimés et opprimés» (Const.
4), et une préférence pour les «situations
de besoins pastoraux» (Const. 5). Nous cherchons
Dieu dans les circonstances concrètes de la
vie, nous efforçant «de rencontrer le Seigneur
où il est déjà présent et à l’œuvre de sa
propre mystérieuse manière» (Const. 7) et
laissant les circonstances spécifiques de
situations pastorales nous enseigner quelle
sorte de réponse nous devons donner (Const.
8). Le don du Saint-Esprit nous permet de
percevoir Dieu au travail dans les circonstances
ordinaires de la vie (Const. 24) mais spécialement
dans les «demandes angoissées» des hommes
et des femmes de notre temps (Const. 19).
65.
En résumé, l’obéissance est une attitude
fondamentale de chaque croyant, non seulement
la prérogative exclusive d’un petit groupe
de gens qui en font profession comme un conseil
évangélique. Les Rédemptoristes, comme tous
les autres dans l’Église, sont appelés à l’obéissance,
suivant l’exemple de Jésus, qui est venu non
pour faire sa propre volonté mais la volonté
du Père (Jn. 6,8). La différence est que chacun
de nous dans l’Église vit son obéissance à
Dieu selon son charisme et sa vocation. La
volonté de Dieu n’existe pas avant la vocation;
c’est à travers la vocation spécifique que
Dieu nous fait connaître sa volonté pour l’individu. Ainsi, par notre vœu, nous
nous sommes engagés à obéir dans un style
rédemptoriste: cherchant la volonté de Dieu
transmise par son Verbe, les normes de notre
projet charismatique et la voix des pauvres
abandonnés.
III.
Agir
Voici que moi je vais faire
du neuf qui déjà bourgeonne; ne le reconnaîtrez-vous
pas?
(Es. 43,19)
66.
Je répète l’affirmation faite plus
haut dans cette lettre: que l’obéissance est
le vœu axial pour les Rédemptoristes dans
un âge de changement. Dans le passé ce vœu
était vu principalement en termes personnels
et législatifs. Alors que nos Constitutions
comprennent encore ce vœu comme obligeant
les membres à obéir aux commandements légitimes
des supérieurs (Const. 71), il y a un besoin
urgent de voir le vœu comme un appel à créer
«des communautés obéissantes» à chaque niveau
de la Congrégation. Les vœux sont toujours
des individus et de la communauté. Ce serait
une faute grave de séparer ces deux dimensions
et les réduire simplement à des obligations
individuelles.
67.
Sans une communauté qui soit engagée
à chercher avec obéissance la volonté de Dieu,
il est difficile, sinon impossible, pour les
individus de demeurer obéissants. Il est clair
qu’aucun de nous ne peut vivre complètement
et joyeusement la liberté du vœu d’obéissance
sans la force d’une communauté obéissante,
puisque que l’obéissance de chaque individu
au Père prend place dans le cercle de la communauté
ecclésiale. Ce n’est pas seulement la relation
fondamentale et personnelle entre sa propre
conscience et Dieu qui est significative;
la relation avec nos confrères est également
importante. En fait la vitalité d’une communauté
est intimement liée avec la qualité de son
obéissance comme communauté.
68. Comment pouvons-nous assurer que nos communautés,
soit locales, provinciales ou la Congrégation
elle-même, demeurent obéissantes?
Je crois que nous avons besoin de distinguer
parmi les nombreuses voix qui essaient de
coloniser notre esprit, en intensifiant notre
attention à la Parole de Dieu, au projet charismatique
de la Congrégation et à la voix des pauvres
abandonnés.
Une
lampe pour nos pieds …. Une lumière sur notre
route
69.
La Parole de Dieu est la source de
notre vocation, notre soutien quotidien et
le contenu de notre travail missionnaire.
Nous avons besoin de proclamer, de méditer,
de partager et de prier, en obéissance à la
Parole et d’essayer de faire de la Parole
notre «premier livre de spiritualité.» Parce que la Parole joue
un rôle absolument vital pour les disciples,
la Congrégation doit donner une plus grande
valeur à l’écoute, qui n’est pas, d’abord
et avant tout, une technique de dynamique
de groupes, mais plutôt une recherche continuelle
de ce que veut le Père.
70.
Comme un juif pieux, Jésus devait commencer
sa prière quotidienne en répétant les paroles
du Deutéronome: «Ecoute, Israël! Le Seigneur
notre Dieu est le Seigneur Un. Tu aimeras
le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, tout
ton être, de toute ta force» (Dt. 6,4-5).
Il dit à ses disciples, «Celui qui est de
Dieu écoute les paroles de Dieu» (Jn. 8,47).
Comment nos communautés peuvent-elles démontrer
cette attention journalière à la Parole de
Dieu?
71.
Le rythme de la vie de communauté devrait
aider les membres à écouter attentivement
la Parole. La lecture quotidienne de l’Ecriture
et les périodes de méditation commune nous
aideront à écouter la Parole comme communauté
et demander l’aide du Saint-Esprit pour la
comprendre. Plusieurs communautés locales
ont un temps hebdomadaire de partage en préparation
pour la prédication ou d’autres moments de
proclamation extraordinaire. Nous devrions
nous encourager les uns les autres à laisser
la Parole changer nos cœurs et donner une
plus grande valeur à la réception du sacrement
de la Réconciliation et à la direction spirituelle.
72. Si nous sommes d’accord avec saint Jérôme que
«l’ignorance de l’Ecriture est l’ignorance
du Christ», alors la difficulté à découvrir
la dimension prophétique de notre vocation
est peut-être enracinée dans un manque de
familiarité avec la Parole de Dieu. Après
tout, Jésus envoie Ses Apôtres en disant «vous
serez mes témoins» (Ac. 1,8); c’est de Lui et de Son Royaume que nous donnons
témoignage. Saint Jean Chrysostome observe
que les apôtres descendirent du Mont de Galilée,
où ils avaient rencontré le Seigneur ressuscité,
sans aucune tablette de pierre écrite comme
avait Moïse: leurs vies deviendront, à partir
de ce moment, l’Evangile vivant.
Au
cœur de la communauté…il y a le Rédempteur
lui-même
et
son esprit d’amour
73.
Il me semble que nous avons besoin
de nous entendre qu’il n’est pas arbitraire
de suivre le Christ d’une façon ou d’une autre.
Quand il s’agit de la vocation rien n’est
arbitraire. Chaque chrétien doit chercher
sa vocation, c’est-à-dire, la volonté de Dieu
dans un cas individuel et, une fois qu’elle
a été trouvée, comme le marchand dans la parabole
de Jésus «se réjouir et vendre tout le reste
pour vivre en fidélité à l’appel du Seigneur»
(Mt. 13,44). Pour mon père et ma mère, leur
vocation comme époux et parents est supérieure
à toutes les autres parce qu’elle est leur
vocation, c’est-à-dire, celle à laquelle ils
étaient appelés. Pour moi, être Rédemptoriste
est la meilleure manière de vie possible parce
qu’elle est celle à laquelle Dieu m’a appelée.
74.
Par notre profession nous avons répondu
au Seigneur par le don total de nous-mêmes
et nous nous sommes engagés à chercher la
volonté de Dieu à l’intérieur d’une communauté
ecclésiale concrète, la Congrégation. Notre
obéissance à Dieu, quelque chose d’invisible,
prend place à l’intérieur de la structure
de notre communauté visible.
75.
Tout comme nous ne pouvons pas dire
que nous aimons le Dieu que nous ne pouvons
pas voir, si nous méprisons le frère que nous
voyons (cf. 1Jn. 4,20-21), ainsi les Rédemptoristes
ne peuvent pas affirmer qu’ils cherchent la
volonté de Dieu si cette recherche ne se fait
pas à l’intérieur de la communauté visible
de la Congrégation. Ainsi, les normes pour
guider notre discernement et la prise de décision
sont d’une importance cruciale pour éviter
le danger de réduire la mission de la Congrégation
à un travail ou une carrière faite principalement
pour son propre progrès et la mission serait
conduite plus ou moins par chaque individu
en particulier. Nos Constitutions proposent
que la recherche de la volonté de Dieu soit
une tâche pour laquelle chaque membre de la
Congrégation est coresponsable.
76.
Aucun Rédemptoriste peut se dispenser
d’aider à créer une communauté obéissante,
puisqu’il est donné à chacun de manifester
l’Esprit au bénéfice du bien commun (Const.
92; cf. 1Cor. 12,7; Const. 72). Ainsi, c’est
un service crucial pour ceux qui sont en autorité
d’encourager la communauté dans ses efforts
pour écouter, discerner et accomplir la volonté
de Dieu, «Que les Supérieurs amènent les confrères
à coopérer, par une obéissance active et responsable,
quand ils s’acquittent de leurs fonctions
et qu’ils entreprennent des travaux» (Const.
72).
77.
Un instrument important dans l’exercice
de l’obéissance coresponsable est le dialogue,
appelé par Paul VI comme «un nouveau nom pour
la charité» et pour laquelle la vie
consacrée doit offrir une expérience privilégiée. Bien que le discernement
communautaire ne soit pas un substitut au
service de l’autorité dans la communauté,
ceux en autorité doivent toujours se rappeler
que la communauté est la meilleure place pour
reconnaître et accepter la volonté de Dieu.
78.
Nos Constitutions et Statuts, ainsi
que les décrets des Chapitres Généraux récents
proposent un nombre de moyens où la communauté
cherche la volonté de Dieu. Les assemblés
provinciaux et les chapitres sont des moments
privilégiés pour écouter, discerner la volonté
de Dieu et pour donner une réponse efficace.
Tous les membres d’une (vice-)province devraient
avoir la chance de contribuer généreusement
à la réflexion du chapitre, soit par la participation
dans un processus bien conçu de préparation
ou comme membres élus. Dans ce but, les membres
d’une Unité devraient être bien informés au
sujet des questions qui seront examinées par
un chapitre et avoir la chance d’exprimer
leur opinion.
79.
Le principe de coresponsabilité ne
veut pas dire que chacun doit être physiquement
présent au chapitre. En fait, le Conseil Général
a de sérieuses questions sur l’efficacité
des chapitres massifs, surtout comme une expression
ordinaire de gouvernement dans les plus grandes
unités. Parmi les nombreux problèmes de cette
forme de gouvernement, nous avons vu que de
tels corps produisent des solutions qui sont
souvent si vagues et exprimées dans une langue
si générale que le gouvernement provincial
reçoit peu de direction efficace pour l’exercice
de son mandat. Le manque d’une direction claire
pour une Province est une invitation à une
sorte d’individualisme exagéré qui gêne un
bon nombre d’unités aujourd’hui. Manquant
d’un discernement d’obéissance et collégial
de ses priorités, les membres d’une Unité
sont encouragés à «trouver quelque chose à
faire», accélérant ainsi la fragmentation
de la communauté.
80.
Dans notre Congrégation, les élections
ne sont pas simplement une affaire de donner
son bulletin de vote et de les compter; encore
moins une recherche de quelqu’un qui va laisser
les membres tranquilles dans la poursuite
de leurs projets individuels. Plutôt les élections
devraient être un exercice important du vœu
d’obéissance par la communauté provinciale
qui est caractérisée par une recherche humble
et coresponsable de la volonté de Dieu. Puisque
le processus électoral doit être conduit dans
une atmosphère de prière et conduise, on espère,
à une convergence d’intuition, la Congrégation
devrait examiner avec un œil critique certains
procédés à peine démocratiques même privatisés,
tels que la votation par la poste. Il est
difficile de voir comment un tel système favorise
le dialogue et le discernement par les membres
d’une Unité. Le but apostolique de la Congrégation
devrait pénétrer et inspirer le discernement
et le choix des chefs.
81.
Le XXIIème Chapitre Général
(1997) recommanda à la Congrégation l’usage
du Plan
de la vie commune. Quelques Provinces
font un usage régulier de cet instrument et
y ont trouvé un moyen puissant pour chercher
la volonté de Dieu dans la situation concrète
de la communauté locale. La préparation du
plan provoque un dialogue fructueux dans le
but d’intégrer les dons personnels de chaque
membre dans un projet commun. Une évaluation
régulière du plan peut offrir une revue profitable
de la vie par les membres et ouvrir la porte
à la conversion permanente.
82. Enfin, étant donné le rôle particulier du supérieur
local dans le discernement de la communauté,
(cf. par exemple Consts. 72, 136; Stat. gén.
037), une importante structure pour promouvoir
la coresponsabilité se trouve dans les rencontres
régulières des supérieurs, en vue de leur
formation continuelle de ce qu’on attend d’eux
selon le projet charismatique de la Congrégation.
L’esprit
du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a oint
83.
Avec l’obéissance à la Parole de Dieu
et la soumission aux Constitutions et aux
Statuts, notre attention docile à la voix
des pauvres abandonnés nous aide à assurer
notre fidélité à la volonté de Dieu. Au cours
des années, j’ai souvent médité sur la rencontre
du diacre Philippe avec l’officiel de la cour
de Candace, reine d’Ethiopie, mentionnée dans
les Actes des Apôtres (Ac. 8,27ss). Comme
il voyageait de Jérusalem, l’eunuque lisait,
bien intentionné, le livre du Prophète Isaïe
mais, même s’il faisait son possible, il ne
pouvait tout simplement pas comprendre le
texte. Quand Philippe monta dans le char et
lui expliqua la Parole, l’officiel non seulement
compris mais fut converti au Seigneur. Sa
vie prit une nouvelle direction et il demanda
le baptême.
84.
N’y a-t-il pas une leçon pour nous
dans ce passage des Actes? Les Rédemptoristes
ont une page devant leurs yeux, soit la Parole
elle-même de Dieu ou le moment actuel de l’histoire,
et malgré nos efforts, nous ne pouvons pas
la ‘lire’ – son message nous échappe. Tout
comme l’Esprit conduisit Philippe à aider
l’eunuque à comprendre ce qu’il lisait, ainsi
l’Esprit a donné les pauvres abandonnés à
la Congrégation, comme nos tuteurs. Si nous
n’écoutons pas leur voix, la page écrite de
l’Ecriture, les Constitutions et les Statuts
et le monde autour de nous, resteront en général
indéchiffrables pour nous.
85.
Nous écoutons les pauvres abandonnés,
d’abord et avant tout, à cause de Jésus-Christ
qui commença son ministère publique par la
proclamation de l’espoir pour les pauvres,
les abandonnés et les opprimés de la terre
«L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il
m’a conféré l’onction pour annoncer la Bonne
Nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé proclamer
aux captifs la libération et aux aveugles
le retour à la vue, renvoyer les opprimés
en liberté, proclamer une année d’accueil
par le Seigneur.» (Lc. 4,18-19). Alphonse
rattacha la mission de la Congrégation avec
la mission de Jésus-Christ et il employa ce
passage de Luc pour nous aider à comprendre
pourquoi nous existons dans l’Eglise.
86.
Nous n’introduisons pas le peuple à
un Dieu distant et sans assurance mais plutôt
nous aidons le peuple à voir que Dieu a fait
le premier pas et est déjà au milieu d’eux.
Nous écoutons les pauvres abandonnés afin
de discerner le Seigneur «là où déjà il est
présent et agit mystérieusement» (Const. 7),
spécialement parmi les marginalisés par l’Eglises
et la société. Dieu nous a confié la mission
d’être les témoins de Sa propre kénose qui
la conduit aux profondeurs de notre monde
et de retour au ciel, de raconter cette histoire
à d’autres qui autrement n’auraient aucune
chance de l’entendre et de leur offrir la
participation complète à sa vie divine.
87.
L’écoute de la voix des pauvres abandonnés
non seulement nous persuade de leur réclamation
sur nous, mais aussi nous réalisons qu’ils
nous offrent leurs propres dons à la Congrégation.
A travers eux nous expérimentons le mystère
du pouvoir de Dieu qui se rend manifeste dans
la faiblesse (2Cor. 4,7-9), non seulement
parmi le peuple que nous servons mais aussi
dans la fragilité de nos propres ressources.
Les pauvres nous enseignent que la force se
trouve dans la communauté et les relations,
et ainsi nous encouragent à chercher de nouvelles
structures de coopération qui vont redonner
de la force à notre travail missionnaire.
Enfin, les pauvres abandonnés nous invitent
à une mission qui est toujours une réponse
gratuite à l’amour abondant de Dieu: «Vous
avez reçu gratuitement, donnez gratuitement»
(Mt. 10,8). C’est notre propre expérience
de la gracieuse compassion de Dieu qui nous
engage à faire le don total de nous-mêmes.
88.
Les pauvres n’ont pas besoin de nous.
Si nous choisissons de ne pas aller à eux,
Dieu va en trouver d’autres, parce que Dieu
entend le cri des pauvres. Mes frères, le
point est que nous avons besoin des pauvres,
si nous voulons être vrais à la mission qui
nous a été donnée. L’obéissance à leur voix
n’est pas simplement «faire des choses» pour
eux mais plutôt entrer dans un processus de
conversion qui nous conduit à nous vider et
à offrir nos vies comme un don. Pour le faire,
nous devons reconnaître que les pauvres abandonnés
existent; ce ne sont pas de simples théories
ou des statistiques mais ils ont des noms
et des visages. Nous allons là où l’Église
ne peut pas aller ou ne veut pas aller pour
écouter le peuple que nous y trouvons. Si
nous écoutons leur voix, avec la Parole de
Dieu, nos Constitutions
et Statuts généraux, nous allons apprendre
ce que nous devons faire.
Conclusion
Mais Marie dit à l’ange: «Comment
cela se fera-t-il puisque je n’ai pas de relations
conjugales?’…Marie dit: «Je suis la servante
du SEIGNEUR. Que tout se passe pour moi comme
tu me l’as dit!» (Lc. 1,34.38)
89.
Le Congrès international sur la vie
consacrée, une réunion sans précédent en 2004,
avec plus de 800 participants – la plupart
Supérieurs Généraux de Congrégation d’hommes
et de femmes, avec les présidents de pratiquement
toutes les conférences nationales des religieux
et un bon nombre de théologiens – produisit
un Document Final contenant de nombreuses
déclarations audacieuses. Parmi les plus intrigantes
se trouve la suivante:
Depuis un certain temps, quelque chose de nouveau est
intervenu parmi nous, au-delà d’autres réalités
de mort (traditions et styles désuets, institutions
mourantes). L’agonie de ce qui se meurt et
la foi en ce qui nait nous affectent. Bien
que nous ne voyions pas encore bien clairement
ce que l’Esprit fait naître dans la vie consacrée,
toutefois nous identifions…des bourgeons de
nouveauté…
90.
Après dix-huit années à l’écoute des
Rédemptoristes, des frères et sœurs qui nous
accompagnent ainsi que les membres d’autres
instituts de vie consacrée, je suis convaincu
plus que jamais que quelque chose de nouveau
est en train de naître dans notre Congrégation.
L’exercice de notre vœu d’obéissance va nous
aider à voir ce que l’Esprit est en train
de faire naître et nous donne des cœurs assez
libres pour faire notre part dans la grande
œuvre de la Rédemption.
91.
Nous devons être comme Marie à l’Annonciation:
elle questionne (Lc. 1,34), elle réfléchit,
elle médite. Elle fait confiance et s’abandonne
à Dieu. Son obéissance est «foi et questionnement»; en même temps elle est
«prompte à obéir». Elle «conservait précieusement
tous ces événements en en cherchant le sens»
(Lc. 2,19), et donc trouvant «le nœud profond
qui unit des événements apparemment différents,
les actions et les choses dans le grand plan
divin». Nous reconnaissons en elle
notre Mère, prête à tout moment à nous aider,
mais aussi notre modèle dans les voies de
la foi. Puisse-t-elle nous aider
à écouter le Seigneur et reconnaître la grandeur
de notre vocation. Qu’elle nous conduise toujours
à un amour plus profond pour Son Fils, le
Rédempteur du monde.
Fraternellement dans le Christ Rédempteur,
Joseph W. Tobin, C.Ss.R.
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