MALHEUR
À MOI SI JE N’ANNONCE L'ÉVANGILE
(1 Cor 9,16)
COMMUNICANDA
2
Rome,
14 janvier 1999
Fête
du Bienheureux Pierre Donders
Prot. N° 0000 0200/98
Mes chers confrères,
1.
Je suis très heureux de vous
saluer au nom de tout le Conseil Général. Ce
deuxième Communicanda
du sexennat
actuel est publié en la fête du Bienheureux
Pierre Donders, missionnaire Rédemptoriste au
Surinam. Ce ne sont pas des talents extraordinaires,
mais c'est une générosité illimitée qui caractérise
sa vie. C'est donc le moment opportun pour vous
offrir cette réflexion sur la nature de la spiritualité
missionnaire, en ce jour où nous célébrons la
vie d'un confrère qui fonda sa sainteté dans
une vie consacrée à la prédication de l'Evangile
parmi les pauvres les plus abandonnés.
2.
La préparation de ce Communicanda
a impliqué des Rédemptoristes au-delà des membres
du Conseil Général. Durant la première semaine
de mai 1998, nous avons envoyé une lettre à
trente deux confrères à travers le monde. Nous
leur avons demandé de dire comment ils comprennent
ce passage du Message Final du dernier Chapitre
Général: «Source et fruit de l'apostolat, la
spiritualité missionnaire qui n'exprime pas
un profond engagement pour le Christ est vouée
à l'échec...» (n° 6).
3.
En septembre, trois-quarts des
confrères contactés avaient répondu. La profondeur
de leur réflexion, ainsi que leur amour manifeste
de la Congrégation, ont grandement encouragé
le Conseil Général. Si le contenu de ce Communicanda
est
utile à la Congrégation, le mérite en revient
à la sagesse de mes frères du Conseil Général
et aux contributions des confrères qui, de leurs
terres lointaines, ont partagé leur expérience,
leur conviction et leur espérance.
4. Par ailleurs, j'accepte
la responsabilité des imperfections de cette
lettre, dans laquelle je souhaite offrir quelques
observations simples sur «la spiritualité missionnaire».
Mes propres limites et la culture qui m'a formé
ont une empreinte sur ces paroles. Néanmoins,
j'espère qu'elles vont contribuer à un dialogue
grâce auquel nous arriverons à une certaine
vision commune. Celle-ci nous aidera à nous
inspirer les uns les autres et à nous donner
le courage nécessaire pour remplir notre vocation
particulière dans l'Eglise et le monde du 21ème
siècle
Trois observations préliminaires
5.
Je désire faire trois observations
au début de cette lettre. Premièrement, il est
évident pour le Conseil Général que le thème
proposé par le dernier Chapitre Général a touché
une corde sensible dans l'expérience de la plupart
des confrères. Les visites que nous avons faites,
nos participations aux assemblées provinciales
et la correspondance que nous avons reçue des
différentes unités, nous ont convaincus qu'il
y a un réel intérêt pour la spiritualité dans
la plupart des unités de la Congrégation. Pourquoi
en est-il ainsi?
6.
Je ne désire pas répéter ou
développer les arguments proposés dans le premier
Communicanda. Cependant
je note que l'intérêt pour la spiritualité peut
refléter notre besoin d'aller au-delà des paradigmes
de la vie consacrée, proposés seulement dans
un langage théologique, pastoral, moral ou liturgique,
même si ces modèles sont valides. Nous cherchons
un idéal enraciné dans une expérience authentique
et vécue, à la fois personnelle et communautaire.
7.
Deuxièmement, tout en notant
la réponse généralement positive aux propositions
du Chapitre Général, les membres du Conseil
sont conscients des difficultés inhérentes à
une réflexion plus profonde sur la spiritualité.
Il y a un défi constant pour découvrir un certain
degré de précision dans le langage que nous
employons quand nous voulons parler de ce sujet.
Par exemple, il semble utile, de distinguer
entre la spiritualité et les pratiques ascétiques.
Évidemment, les deux ne sont pas sans liens.
La spiritualité d'un individu ou d'un groupe
semble exiger une certaine expression concrète,
si elle ne veut pas rester qu'un simple recueil
d'idées.
8.
Troisièmement,
au-delà d'une technique de prière ou d'une dévotion
favorite, la spiritualité est reliée à des questions
fondamentales et souvent dérangeantes: Qui sommes-nous?
Pourquoi existons-nous? Comment devons-nous
vivre? Ce sont des questions spirituelles et
qui, comme telles, touchent les réalités qui
définissent l'existence humaine. L'humilité
et un coeur à l'écoute sont des conditions préalables
indispensables pour cette réflexion. Quand nous
essayons de définir la spiritualité, nous découvrons
non pas ses limites, mais les nôtres.
Vers une spiritualité Missionnaire
9.
A mon avis, il n'est pas bon
de parler de la spiritualité et de la Mission.
L'emploi de la conjonction est malheureux, car
il peut suggérer qu'il pourrait y avoir la Mission
sans la spiritualité ou cette spiritualité,
au moins comme nous l'entendons, pourrait exister
séparée en quelque sorte de la Mission. Dans
leurs réponses, plusieurs confrères firent observer
que la spiritualité touche à notre propre compréhension
comme Rédemptoristes: ce qu'Alphonse appelle
parfois «l'esprit de notre Institut». Ainsi
considérée, la spiritualité de notre Congrégation
doit poser les questions fondamentales: telles
que suggérées dans le paragraphe précédent.
Plus qu'une série de principes doctrinaux ou
de pratiques ascétiques, notre spiritualité
doit servir comme une sorte de tissu conjonctif
vital qui réunit harmonieusement tous les 'aspects
de notre vie.
10.
Je trouve une très brève définition
de notre spiritualité Missionnaire dans ce cri
de Paul dans sa première, lettre aux Corinthiens:
Malheur à moi si je n'annonce pas l'Évangile
(1 Cor 9, 16). «Annoncer l'Évangile» signifie
plus que donner un sermon de mission, une conférence
de retraite ou une homélie du dimanche, plus
que dénoncer l'injustice ou enseigner au peuple
comment prier. En fait, la réalité dépasse toute
simple forme d'activité pastorale. Que signifie-t-elle
et pourquoi sa signification est-elle si fondamentale
pour nous que, si j'ai raison, nous sommes «malheureux»
si nous «n'annonçons pas l'Évangile»?
11.
Vous
rappelez-vous quelle est la seule de nos Constitutions
qui se trouve dans le Message final du dernier
Chapitre Général? Les capitulaires ont peiné
pour insérer une bonne partie de la Constitution
5 dans leur message à la Congrégation (cf. Message
final, n° 8). Cette Constitution emploie un
langage non équivoque pour démontrer ^combien
il est important pour les Rédemptoristes «d'annoncer
l'Evangile»: lu préférence accordée aux urgences
missionnaires ou à l'évangélisation proprement
dite, avec cette option en faveur des pauvres,
sont notre raison d'être dans l'Eglise et la
pierre de touche de notre fidélité à l'appel
reçu.
12.
Je
vais montrer que deux critères clairs et connexes
répondent en fait aux questions spirituelles:
Qui sommes-nous? Pourquoi existons-nous? Comment
devons-nous vivre? Ces critères ont la préférence
pour 1'évangélisation dans le sens strict, ensemble
avec l'option en faveur des pauvres. Ici l'évangélisation
est comprise comme incluant non seulement la
proclamation explicite de la Parole mais aussi
le témoignage de vie, de chaque Rédemptoriste
et des communautés. Dans la mesure où nous n'acceptons
pas l'évangélisation et l'option en faveur des
pauvres comme éléments constitutifs de notre
identité et n'agissons pas en accord avec eux,
nous devenons infidèles ou, au moins, nous devenons
étrangers à ce à quoi nous sommes appelés à
être. Paraphrasant les paroles de Saint Paul,
nous sommes «malheureux» comme Rédemptoristes.
13.
Nous
devons toujours nous rappeler que notre spiritualité
est intimement liée à la Mission. Mais cela
ne veut pas dire que les exigences de la spiritualité
nous poussent vers le travail pastoral ou que
nous devenons «spirituels» à cause de notre
service pour le peuple de Dieu. Alphonse a eu
cette intuition de génie, redécouverte dans
nos Constitutions renouvelées. Il a eu la conviction
que la Mission unifie toute notre vie de Rédemptoristes.
Cette force unifiante est appelée «la vie apostolique».
C'est notre manière de comprendre ce que signifie
être Rédemptoriste. Ainsi «cette vie apostolique
dans laquelle ne font qu'un, pour les Rédemptoristes,
leur vie toute à Dieu et leur travail missionnaire»
(Const. n° 1). La spiritualité est étroitement
liée à «la préférence pour les urgences pastorales,
c'est-à-dire pour l'évangélisation dans le sens
strict, liée à notre option pour les pauvres».
En conséquence, strictement parlant l'origine
et la source de notre spiritualité se trouvent
précisément dans notre Mission, la définissant
donc comme une spiritualité vraiment Missionnaire,
(cf. Ad Génies,
n° 23-27).
14.
Le
but de cette lettre est donc de réfléchir avec
vous à quelques-uns des attributs de notre «spiritualité
missionnaire». Je désire que cette réflexion
n'apparaisse pas comme du pur moralisme. C'est
plutôt un effort pour explorer avec vous quelques
dimensions de la vita apostolica que je crois importantes.
La Mission comme vocation
15.
Notre Mission n'est pas seulement
une option personnelle ou communautaire, mais
elle est d'abord et avant tout une vocation
à laquelle nous avons été appelés. Le Chapitre
Général souligne l'espoir que notre vocation
particulière devrait nous offrir: «Notre espérance
repose sur notre vocation à continuer le mystère
du Christ. Nous croyons que son abondante Rédemption
n'a pas de limites. Nous nous sentons appelés
à partager notre foi et notre espérance avec
toutes les personnes» (Message final de 1997,
n° 12). Cette affirmation du Chapitre suggère
que notre vocation ne vient pas seulement du
mandat du Seigneur de prêcher, d'enseigner et
de baptiser, mais aussi des exigences profondes
de la vie de Dieu en nous (cf. Encyclique 'Redemptoris Missio' du 7 décembre 1990, n° 11). Ainsi, dans
la mesure où nous nous ouvrons à la Rédemption
abondante du Christ Jésus, nous serons proportionnellement
amenés à «partager notre foi et notre espérance
avec tous». Alors nous pourrions nous demander:
comment la Mission est-elle un problème de foi,
un indice exact de notre conviction que Jésus-Christ
nous a appelés pour être envoyés «en tant qu'auxiliaires,
compagnons et serviteurs...dans la grande oeuvre
de la Rédemption...pour annoncer aux pauvres
la Bonne Nouvelle du Salut» (Constitution n°
2) ?
16.
L'évangélisation ne sera jamais
possible sans l'action du Saint-Esprit (Ad Gentes n° 24; Exhortation
Apostolique Evangelii Nuntiandi
du 8
décembre 1975, n° 75). Le même Esprit qui descendit
sur Jésus au moment de son baptême, demeura
sur Lui, l'a oint et l'a envoyé «proclamer la
Bonne Nouvelle aux pauvres» (Luc 4, 18). Nous
sommes habitués, nous Rédemptoristes, à répéter
ce texte de l'Évangile de Luc. Nous savons bien
qu'Alphonse fit souvent référence à ce même
passage, déclarant que la Mission du Christ
est aussi la Mission de la Congrégation. Acceptons-nous
cependant la première conséquence de notre identification
avec la Mission du Christ: celle d'accueillir
une vie de complète docilité à l'Esprit «qui
oeuvre sans cesse pour nous conformer au Christ»
et que «nous apprenons par Lui à avoir en nous
les sentiments du Christ» (Constitution n° 25).
Cette docilité nous rend capables de recevoir
les dons de force et de discernement, qui sont
«des éléments essentiels de la spiritualité
missionnaire» (cf. Redemptoris Missio, n°
87).
La personne du Christ au centre
de notre vie Missionnaire
17.
La Constitution 23 note une
condition pour réaliser notre vocation spécifique
dans l'Eglise: «Appelés à continuer la présence
du Christ au monde dans sa mission de Salut,
nous choisissons sa Personne comme centre de
notre vie et nous nous efforçons d'intensifier
jour après jour"notre union avec Lui.»
Le Chapitre fait écho à cette exigence, en lui
donnant une signification universelle ainsi
qu'une certaine urgence: «Tous les Rédemptoristes,
quelle que soit leur situation, sont invités
aujourd'hui à puiser aux sources de notre spiritualité,
afin d'alimenter et de manifester leur foi au
Christ Jésus.» (Message final, n° 3). Il n'y
a aucun doute que pour les Rédemptoristes, une
caractéristique essentielle de notre spiritualité
missionnaire est une communion intime avec le
Christ, le premier Missionnaire.
18.
Chers confrères, laissons-nous
imprégner de cette grande passion d'Alphonse,
pour qui le salut était plus qu'une théorie
ou un dogme, mais plutôt un Nom, un visage.
Notre type d'évangélisation dépend de la manière
que le peuple de Dieu arrive à reconnaître Jésus
afin qu'il puisse lui répondre. Alphonse s'efforça
d'employer tous ses formidables dons pour aider
les pauvres à reconnaître Jésus. Nous nous rappelons
qu'il apportait l'image du crucifié dans les
endroits où il allait prêcher, comment sa musique
aidait le peuple à faire l'expérience de l'amour
salvifique du Christ, comment ses paroles, parlées
ou écrites, pointaient sur la Rédemption abondante
fondée dans le Christ. Avec Alphonse, nous devons
«insister dans toute notre activité pastorale
sur le Christ, centre du mystère de la miséricorde
du Père» (Jean-Paul H, Lettre Apostolique pour le Tricentenaire
de la naissance de Saint Alphonse, n° 4).
19.
Est-il possible que le Christ
soit le centre de notre activité pastorale,
s'il n'est pas le «centre de nos vies» et «au
coeur de notre communauté»? Comment pouvons-nous
juger si de fait nous faisons ces choix? La
même Constitution n° 23 nous donne un critère
avec lequel on peut répondre à la question:
«Plus intime sera le lien qui nous unit au Christ,
plus étroit sera le lien entre nous».
20.
J'offrirais
une autre norme qui semble être en accord avec
notre expérience pratique. Plus nous choisissons
le Christ comme le centre de nos vies et essayons
d'entrer plus intimement dans une communion
personnelle avec lui, moins nous sommes absorbés
par nos doutes, nos insécurités et nos obsessions.
Nous devenons plus disposés à nous vider de
nous-mêmes, à prendre nos croix et à suivre
le Rédempteur. Notre plus grande préoccupation
devient celle-ci: Jésus n'est pas aimé comme
il le devrait.
La conversion Missionnaire
Nous croyons que la Congrégation est appelée
à une grande grâce de conversion au Rédempteur
(Message final de 1997, n°5)
21.
L'enseignement
récent des papes sur la missiologie et nos propres
Constitutions se rejoignent: la proclamation
de la Parole de Dieu a pour but la conversion
(comparer Redemptoris Missio, n° 46 et Constitutions
n° 11-12). Ces mêmes sources affirment ensemble
que nous ne pouvons pas prêcher la conversion
à moins d'être nous-mêmes convertis chaque jour
(Redemptoris Missio, n° 47; Constitutions n° 40-42).
Nous n'avons pas à réfléchir bien longtemps
pour découvrir pourquoi la conversion est un
élément essentiel de la spiritualité missionnaire. Elle
a sa source dans la proposition elle-même d'entrer
en relation avec le divin. Une telle invitation
me dit d'abord: «II y a un Dieu et il n'est
pas toi». Le royaume est aussi quelque chose
de différent de moi. Quelque chose qui doit
être découvert parfois difficilement (Mt 13,
44-46); qu'il y a des choix à faire (Jn 6, 67);
que chacun peut toujours «s'en retourner triste»
(Mt 19, 22).
22.
La
proclamation de la Parole de, Dieu a pour but
la conversion: la prédication de Jésus, de son
Église et d'une façon vivante le contenu, les
méthodes d'évangélisation propres à notre Congrégation,
tout affirme cette vérité. Cependant, il est
pénible de constater la manière de vivre de
certains confrères et certaines communautés
qui dit ceci: «La conversion regarde quelqu'un
d'autre, peut-être tous les autres. Ne me/nous
dérangez pas!» Le chapitre général se serait-il
trompé quand il affirmait: «Nous croyons que
la Congrégation est appelée à une grande grâce
de conversion au Rédempteur». (Message final
de 1997, n° 5)?
23.
Plusieurs
des confrères qui ont aidé à préparer ce Communicanda
ont parlé de leur continuelle transformation.
Permettez-moi de signaler trois de ces réponses.
Un confrère écrit:
«La spiritualité Rédemptoriste
n'est pas une affaire entre 'Dieu-et-moi' mais plutôt une action
de 'l'Esprit-me-conduisant-aux pauvres'». Un autre, parlant de sa profonde expérience
de conversion, remarque: «Depuis, je ne parle
plus simplement parce que les Écritures disent
ainsi ou parce que les principes théologiques
ou pastoraux sont d'accord; je parle aussi à
partir de ma propre expérience et ainsi je proclame
devant le peuple: 'Jésus m'aime et se donna
pour moi '». Quelle est l'importance de la conversion
pour notre vie apostolique? Nous pouvons tirer
profit de cette déclaration d'un confrère: «La
spiritualité Missionnaire, c'est d'abord l'expérience
d'une qualité de relation à Dieu qui transforme
à la fois l'existence des Missionnaires et celle
de ceux vers qui ils sont envoyés. C'est la
capacité de pouvoir accueillir et transmettre
une expérience de Dieu (Jn 15, 4-5)».
24.
Comment
pouvons-nous approfondir en chacun de nous un
esprit de conversion? Quelle est la valeur du
sacrement de Pénitence et de la direction spirituelle
dans nos vies aujourd'hui? Avons-nous la volonté
et sommes-nous capables d'exprimer d'une certaine
façon la conversion dans nos communautés?
Le premier moyen d'évangélisation
est le témoignage
L'homme contemporain écoute plus volontiers les
témoins que les maîtres ou s'il écoute les maîtres,
c 'est parce qu 'ils sont des témoins (Evangelii
Nuntiandi, n°41).
25.
Au cours des dernières années
et dans plusieurs parties de la Congrégation,
a grandi la conscience, que même avant l'action,
la Mission signifie être témoin. C'est une manière
de vivre qui éclaire les autres. Les membres
du Chapitre Général de 1991 ont très bien saisi
cette conviction: «La communauté rédemptoriste
doit constituer le premier signe de notre annonce
missionnaire. Elle n'est pas seulement le lieu
d'où nous sommes envoyés, mais aussi, et surtout
la présence efficace du Règne au milieu des
hommes et des femmes, nos frères et sœurs (Document
final de 1991, n° 23). La communauté rédemptoriste
est une confession de foi: «On est ensemble
en communauté, non par choix mutuel, mais par
choix du Seigneur» (Document de la Congrégation
pour les Instituts de vie consacrée et les sociétés
de vie apostolique, 2 février 1994, La vie fraternelle
en communauté,
n° 41).
26.
Croyez-vous que notre spiritualité
Missionnaire demande un type particulier de
témoignage? Un confrère fait remarquer que la
prière et la pauvreté sont les deux traits significatifs
d'une spiritualité radicale dans les religions
du monde. Le témoignage de notre vie de prière
devrait donner à notre proclamation la même
force que le premier verset de la Première Lettre
de Jean: «Ce qui était dès le commencement,
ce que nous avons entendu, ce que nous avons
vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé
et que nos mains ont touché du Verbe de vie....ce
que nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons»
(1 Jn 1, 1+3).
27.
Le
témoignage d'un style de vie pauvre, ou tout
au moins simple, n'est jamais une question facile
à envisager. Mais il reste que le peuple remarque
la manière dont nous vivons. C'est un domaine
où nous ne pouvons rien d'autre que de donner
un certain témoignage. Je crois que quand nous
laissons nos 'besoins' se multiplier, nous devenons
moins mobiles, plus réticents à prendre des
risques et, finalement, plus distants des pauvres
abandonnés. Est-il trop pieux de remarquer que
si nos mains sont occupées à saisir ou sont
déjà pleines, elles ne peuvent plus être remplies
par Dieu ni se tendre vers les autres dans un
amour désintéressé?
«Chartreux
à la maison et Apôtres au dehors»?
28.
Je
dois avouer avoir eu des problèmes avec la formule
traditionnelle qui nous demande d'être «Chartreux
à la maison et apôtres au dehors». Je dirais
plutôt que nous devons être Rédemptoristes aux
deux endroits et aussi entre les deux. Il n'y
a aucun doute que nos communautés doivent être
des lieux où nous pouvons prier ensemble et
où nous pouvons étudier et réfléchir. Mais ces
aspects de notre vie font partie de la vie apostolique
qui doit être la caractéristique de notre Congrégation.
Notre maison n'est pas simplement un endroit
où «nous rechargeons nos batteries», afin de
les décharger dans l'activité pastorale. C'est
encore moins un lieu pour fuir les autres ou
nos responsabilités. Notre vie de communauté
elle-même est Mission et témoignage. Elle doit
être aussi le lieu où nous nous encourageons
les uns les autres comme des frères, appelés
à continuer la présence et la Mission du Christ
dans le monde. Notre vie apostolique, vécue à la fois dans la communauté
et dans notre activité pastorale, est là où
nous sommes missionnaires et où nous deviendrons
saints.
29.
Nous
savons que l'évangélisation nous demande une
compétence à la fois dans les sciences religieuses
et profanes, mais nous devons aussi admettre
qu'un renouvellement académique et pastoral
n'est pas suffisant. «Un missionnaire ne l'est
vraiment que s'il s'engage sur le chemin de
la sainteté» (Redemptoris Missio,
n° 90). Mais nous ne devenons pas d'abord saints
et ensuite missionnaires. Nos faiblesses ne
nous disqualifient pas. La plupart d'entre nous,
je pense, ont fait écho aux paroles de désespoir
de Pierre: «Seigneur, éloigne-toi de moi, car
je suis un coupable» (Luc 5, 8). Écoutons aussi
l'appel à la Mission: «Sois sans crainte, désormais
ce sont des hommes que tu auras à capturer.»
(Luc 5, 10). Ce que nous devons rechercher c'est
le progrès dans la vie missionnaire, non pas
la perfection. Commentant fa rencontre dramatique
de Jésus et de Pierre sur le bord de la Mer
de Tibériade (Jn 21, 15-17), Alphonse se rallie
à l'exégèse de Jean Chrysostome, attirant l'attention
sur le fait que Jésus ne demande pas des pénitences
et des prières à l'Apôtre repentant, mais plutôt
le service pastoral: «Pais mes brebis».
Le courage missionnaire
Nous devons nous demander en quoi notre engagement
avec les pauvres rend-il compte de notre spiritualité
et nous aide-t-il à développer une spiritualité
plus authentique (Message final de 1997, n°8).
30.
Quand je pense comment notre
option pour les pauvres est essentielle pour
développer une spiritualité plus authentique,
la belle expression proposée par le Chapitre
Général de 1985 me revient à la mémoire: Evangelizare pauperibus et a pauperibus
evangelizari.
Je me rappelle que si le thème n'a pas été facilement
compris dans toutes les parties de la Congrégation,
il a certainement été bien discuté! Quelques
confrères eurent particulièrement de la difficulté
à admettre la seconde partie de la formule:
a pauperibus evangelizari. Traditionnellement les missionnaires étaient
ceux qui apportaient les biens spirituels. Le
processus d'évangélisation était une rue à sens
unique. Que pouvons-nous attendre, surtout si
ces dons doivent venir des pauvres? Tout Rédemptoriste
missionnaire qui a proclamé la Bonne Nouvelle
aux pauvres pourrait donner une réponse abondante
à cette question.
31.
Le thème du Chapitre Général
de 1985 a eu quelques conséquences pratiques.
Plusieurs Provinces ont revu leurs priorités
apostoliques à la lumière du thème et prirent
certaines décisions douloureuses. En certains
cas, des Provinces remirent à l'Eglise locale
leurs paroisses les plus intéressantes pour
accepter de nouveaux engagements envers les
pauvres abandonnés. D'autres Provinces acceptèrent
de nouvelles missions ad gentes, même si cette
décision demanda de grands sacrifices. Ces exemples
devraient encourager toute la Congrégation,
car ils montrent qu'il est possible pour les
Provinces de changer de direction, quand le
changement signifie une plus grande fidélité
«à notre raison d'être dans l'Eglise» (Constitution
n° 5).
32.
Dès les premières rencontres
des Rédemptoristes avec les pauvres du Royaume
de Naples, l'histoire de notre Congrégation
a été marquée par le courage de plusieurs de
ses membres. J'espère que l'exemple de notre
engagement pour les pauvres dans le passé et
dans le présent va donner à la Congrégation
le courage d'affronter l'avenir. La Congrégation
aura-t-elle le courage d'étendre la proclamation
de l'Évangile pour les pauvres abandonnés dans
les bas-quartiers grouillants des grandes métropoles
du Sud, des lieux comme les villes de Mexico,
Bogotá, Lagos, São Paulo, Manilla, Johannesburg,
Calcutta, Lima, etc.? Les Rédemptoristes peuvent-ils
être plus présents parmi les nouveaux pauvres
d'Europe: les immigrés, les réfugiés et les
chercheurs d'asile? Quelle sorte de témoignage
la Congrégation donne-t-elle dans le paysage
toujours changeant de l'Europe de l'Est? Que
veut dire proclamer l'Évangile dans le riche
Occident, où graduellement la spiritualité est
jugée incompatible avec la religion et où les
pauvres se retrouvent de plus en plus en marge
de la société et de l'Eglise? Les Rédemptoristes
peuvent-ils continuer à être des ambassadeurs
du Christ et annoncer un message crédible de
réconciliation dans les régions d'Afrique, déchirées
par les guerres civiles? Quel est l'avenir de
notre évangélisation en Asie, où le message
chrétien est confronté aux autres grandes religions
du monde? Qu'est-ce que la Congrégation a à
dire face à la culture de globalisation qui
fait de moins en moins attention à l'amour salvifique
de Dieu et, par conséquent, est moins intéressée
à la solidarité entre des fils et filles de
Dieu?
33.
Le dénominateur commun de toutes
ces situations est que toutes demandent une
foi courageuse de la part des Rédemptoristes.
Souvent, cette foi courageuse est la volonté
de quitter ce qui est connu: ma culture, ma
langue et mon style de vie habituel, afin de
rencontrer les situations de vraie urgence pastorale.
Parfois l'Esprit peut demander à une Province
de passer à d'autres ses engagements pastoraux
les plus fructueux et les plus attrayants, pour
aller là où l'Eglise ne peut pas aller. Mon
idée principale est que ce courage est non seulement
la source de futures initiatives missionnaires,
mais qu'il est aussi le fruit offert à «nous
aussi, qui avons autour de nous une telle nuée
de témoins» (He 12, i), qui entoure la Congrégation:
tous les Rédemptoristes du passé et du présent
qui se sont «vidés d'eux-mêmes», ainsi que ces
Provinces qui ont fait des sacrifices héroïques
pour le bien de la Personne et de la Mission
du Christ.
La contemplation Missionnaire
34.
La source et le fruit de notre
activité évangélique est l'esprit de contemplation.
«Le missionnaire ne peut pas proclamer le Christ
d'une façon crédible, s'il n'est pas un contemplatif»
(Redemptoris Missio, n° 91). Comment nous Rédemptoristes entendons-nous
l'esprit de contemplation? C'est une disposition
spirituelle qui nous rend capables d'aimer comme
Jésus: «Pour participer vraiment à l'amour du
Fils envers son Père et envers les hommes» (Constitution
n° 24).
35.
Essayer d'évangéliser sans un
esprit de contemplation c'est comme essayer
de lire cette lettre avec le papier collé au
bout du nez. Il se peut que votre vue exige
de tenir le papier tout proche mais, pour la
plupart des gens, un tel rapprochement va embrouiller
les mots et rendre difficile et même douloureux
la lecture de ce message. Il est nécessaire
de garder une certaine distance entre le papier
et nous pour pouvoir lire. Dans la contemplation,
nous prenons un certain recul vis-à-vis du monde.
de notre vie et de notre activité. Nous cherchons
Dieu dans le peuple et dans les événements de
la vie quotidienne. Nous essayons «de percevoir
dans une vraie lumière ses intentions de Salut
et de ne pas confondre réalité et illusions».
Ces paroles de la Constitution n° 24 peuvent
fournir de la matière pour encore un autre Communicanda! Mais vous est-il possible
de voir qu'un esprit de contemplation est plus
nécessaire de nos jours qu'auparavant, surtout
quand nous prenons conscience des phénomènes
tels que la culture globale et la nature éphémère
de plusieurs mouvements populaires?
36.
Il existe une autre raison pour
nous de cultiver l'esprit de contemplation.
Il s'agit d'une revendication particulière du
christianisme, d'abord énoncée par Vatican II
et mentionnée dans nos Constitutions: dans la
rencontre avec le Christ, les êtres humains
découvrent le sens du mystère de leur propre
vie (Gaudium et. Spes, n°
22; Constitution n° 19). L'assertion a été répétée
récemment dans la bulle papale annonçant le
Grand Jubilé de Tan 2000: «L'amitié et la grâce
de Dieu, la vie spirituelle qui seule peut combler
les aspirations les plus profondes du coeur
humain». (Le mystère de l'Incarnation n° 2). Une affirmation opposée
est faite par le phénomène global de notre société
de consommation, qui nous enseigne que posséder
et consommer vont nous rendre heureux et satisfaits.
Cette déclaration est radicalement contraire
à l'enseignement de l'Évangile, et le message
passe bien. La tentation existe de dénoncer
les différents «ismes»
d'aujourd'hui – sécularisme, matérialisme, individualisme,
consumérisme, etc. – sans nous demander la raison
de leur popularité. La contemplation doit cultiver
en nous «un esprit de fraternité» qui va nous
pousser à l'écoute des hommes et des femmes:
«interprétant dans un esprit fraternel les inquiétudes
des hommes, nous essayons d'y lire les signes
de la présence de Dieu et de son dessein de
Salut» (Constitution n° 19).
La patience Missionnaire
37.
Au moment même de la préparation
finale de ce Communicanda.
j'étais aussi membre de l'Assemblée Spéciale
du Synode des Évêques d'Océanie. Une des interventions
remarquées durant ces trois semaines de réunions
fut celle d'un évêque de l'île Maurice, un délégué
spécial au Synode. Il fît référence à la scène
de l'Évangile où les disciples admiraient la
grandeur du temple et ses riches ornements (Lc
21, 5s). Vous vous rappelez que Jésus prophétisa
que le grand édifice serait détruit bientôt
et totalement. L'évêque demanda au Synode de
penser aux problèmes que l'Eglise doit affronter
dans plusieurs régions du globe. Nous pouvons
penser à notre Congrégation. Il fit remarquer
que si certaines choses croulent autour de moi,
peut-être que le temple n'était pas bâti aussi
solidement qu'il paraissait. Peut-être que nous
pouvons examiner notre conscience sur la manière
dont nous avons construit les communautés (cf.
I Cor 3, 10-15).
38.
La construction d'un édifice
est une image biblique pour le travail de l’évangélisation,
mais peut-être qu'une image plus parlante aujourd'hui
est celle du semeur et de la semence. La semence
semée est la Parole de Dieu. Elle vient avant
la doctrine, renseignement moral, la loi et
la discipline. Elle vient avant parce que: «la
force et la puissance que recèle la Parole de
Dieu sont si grandes qu'elles constituent, pour
l'Eglise, son point d'appui et sa vigueur».
(Dei Verbum
n° 21). L'image du semeur et de la semence semble
particulièrement captivante dans une époque
qui donne tant de valeur au succès immédiat.
La Parole que nous portons nous force à être
patients, même si nous ne voyons pas les résultats
immédiats (Je 5, 7). C'est Dieu qui fait croître (I Cor 3,
6; Ad Gentes,
n° 24-25).
Optimisme Missionnaire: promotion
des vocations.
39.
Encore
un autre moyen par lequel la Mission transforme
notre spiritualité; c'est le désir d'inviter
d'autres à partager complètement notre vie.
Pouvons-nous tous nous dire d'accord avec l'assertion
de la Constitution n° 79 que «c'est le nombre
et la qualité des candidats qui permettra à
la Congrégation de poursuivre avec vitalité
sa mission apostolique»? Si nous sommes d'accord,
alors nous devons aussi accepter que chacun
de nous porte la responsabilité de promouvoir
les vocations, surtout à travers notre propre
zèle apostolique, l'exemple de notre vie et
la prière constante. (Constitution n° 80).
40.
Je
pense que le fait de promouvoir ou non les vocations
est une question spirituelle, parce qu'elle
touche à la profondeur de notre conviction du
plan de Dieu pour la Congrégation et sa place
dans l'Eglise. Il existe des confrères qui,
de bonne foi, concluent que la vie consacrée,
y incluant la Congrégation, est en train de
disparaître rapidement. Une analyse du pourquoi
la Congrégation n'attire plus de candidats dans
certaines parties du monde est complexe et ce
n'est certainement pas le but de cette lettre.
De plus, la Congrégation n'abandonnera pas le
développement de sa collaboration avec les laïcs.
Cependant, depuis que le Chapitre a tant insisté
de nous concentrer sur «l'aspect central de
notre spiritualité, c'est-à-dire d'alimenter
et de manifester leur foi au Christ Jésus» (Message
final de 1997, n° 3), il serait bon de méditer
comment l'Exhortation Apostolique Vita Consecrata présente le défi de la promotion des vocations: «L'invitation de Jésus:
' Venez et voyez' (Jn 1, 39) demeure encore
aujourd'hui la règle d'or de la pastorale des
vocations. Celle-ci tend à montrer, à l'exemple
des fondateurs et des fondatrices, l'attrait
de la personne du Seigneur Jésus et la beauté
du don total de soi pour la cause de l'Évangile.»
(n° 64).
Tous sont Missionnaires
41.
La
Congrégation doit affronter une situation qu'elle
n'a pas encore connue dans son histoire. Je
veux parler du grand nombre de confrères âgés
c'est-à-dire du 'troisième âge'. Toute réflexion
sur notre spiritualité Missionnaire doit inclure
ce groupe. Je me propose de consacrer plus tard
une lettre particulière sur la question des
besoins spirituels propres au 'troisième âge',
mais nous pouvons commencer maintenant par nous
rappeler renseignement de la Constitution n°
55: de par notre profession, nous sommes tous
missionnaires. Ce caractère, qui est fondé sur
notre participation à la Mission du Christ,
continue tout au long de notre vie, que nous
soyons ou non capables de participer à l'activité
pastorale. Et la même Constitution nous rappelle
que nous n'atteignons la plénitude de notre
identité missionnaire qu'au moment «où dans
la souffrance et la mort, nous sommes tous à
la même tâche: le Salut du monde».
La question de la restructuration
42.
La
compréhension et l'acceptation «de la raison
d'être de notre Congrégation dans l'Eglise»
provoquent d'autres questions. Quelques-unes
d'entr'elles regardent nos décisions de rester
là où nous sommes ou d'aller ailleurs. Quand
est-ce que les Rédemptoristes disent: «Allons
ailleurs, dans les bourgs voisins» (Me 1, 38)?
A quel point sommes-nous prêts à «secouer la
poussière de nos pieds» Le 9, 5)? Quand «le
vin nouveau» exige-t-il «des outres neuves»
(Luc 5, 38)? La dernière question ne regarde
pas seulement nos méthodes missionnaires mais
aussi la manière dont nous nous structurons.
Nous devons sans cesse chercher à vérifier que
nos structures de gouvernement et d'administration
soient toujours au service de la Mission. Là
où ce n'est plus le cas, les structures doivent
changer pour que la Mission continue.
Un 'buisson
desséché'...'une cymbale retentissante'
La Mission qui n’exprime pas un profond engagement
pour le Christ est vouée à l'échec (Message
final de 1997, n° 6)
43.
A quoi ressemble le Rédemptoriste
pour qui la Mission n'est pas entreprise comme
un engagement profond avec Jésus? Quelle sera
la force de ses paroles? II est peut-être «pareil
à un arbuste dans la steppe, il ne voit pas
venir le bonheur: il hante les champs de lave
du désert, une terre aride, inhabitable» (Jr
17, 6). Un confrère nous écrit: «Le surmenage
n'est pas dû seulement au trop de travail, mais
plutôt à un vide ou à un manque de conviction
dans sa vie, un manque de spirituel». La lassitude
pourrait-elle n'être essentiellement qu'un problème
spirituel? Ses douloureux symptômes ne masqueraient-ils
pas une soif pour «les eaux vives» (Jn 7, 37-38).
44.
Si nous osons parler de Celui
que nous ne connaissons pas, nous allons finalement
sembler vide et superficiel; «un métal qui résonne,
une cymbale retentissante» (I Cor 13, 1). Etre
'missionnaire' ne signifie pas simplement être
proche du peuple ou opter pour les pauvres;
nous devons avoir une expérience à partager
avec eux. «Ce que nous avons entendu, ce que
nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons
contemplé et que nos mains ont touché du Verbe
de vie» (I Jn 1, 1).
Des questions
sans réponses ou «des coeurs qui brûlent»?
45.
Séparés du Seigneur, nous rencontrons
plusieurs questions sans beaucoup d'espoir de
réponses. «D'où nous viendra-t-il dans un désert
assez de pains pour rassasier une telle foule?»
(Mt 15. 33). «Eh bien! nous, nous avons tout
laissé et nous t'avons suivi. Qu'en sera-t-il
donc pour nous?» (Mt 19, 27). «Qu'est-ce que
la vérité? (Jn 18, 38).
46.
Il devrait être évident que
notre choix de la personne du Christ, comme
le centre de nos vies et sa présence au coeur
de nos communautés, ne nous empêche pas d'avoir
du doute ou de l'anxiété. Mais après avoir déversé
nos coeurs les uns aux autres et à Lui, nous
nous mettons à l'écoute. Alors nos coeurs peuvent
commencer à brûler et nous devons porter le
message à d'autres: comment il nous rencontre
sur la route et comment nous le reconnaissons.
Conclusion
47.
Permettez-moi
de résumer les points essentiels de cette lettre.
La spiritualité touche à des questions fondamentales
et parfois inquiétantes concernant notre identité
et le but de la vie. Pour les Rédemptoristes,
la spiritualité doit être intimement liée à
la Mission: «la raison d'être elle-même de l'existence
de la Congrégation dans l'Eglise». Cette relation
intime signifie que nous choisissons le Christ,
comme le centre de tout, que le témoignage est
exigeant et que la contemplation est la condition
sine qua non pour la vie missionnaire. Cela
signifie que nous essayons d'être courageux,
patients et pleins d'espérance, au point d'inviter
les autres à partager complètement notre vie.
En fin de compte, notre spiritualité ne peut
pas rester une théorie, nous devons la vivre.
Elle doit avoir des conséquences pratiques dans
nos vies.
Le Congrégation et le Grand
Jubilé
48.
C'est
pratiquement un cliché de dire que nous sommes
au seuil du nouveau millénaire. Même si le calcul
avant le nouveau siècle peut nous sembler ennuyeux,
je ne crois pas que nous devrions rejeter les
extraordinaires «signes des temps» qu'est le
Grand Jubilé. Avez-vous remarqué les différents
thèmes proposés par le Saint Père pour cette
célébration? Ils nous sont familiers: conversion,
transformation. pénitence, réconciliation, rédemption,
le mystère pascal. Les thèmes mêmes qui sont
au coeur de notre Mission.
49.
Est-il
raisonnable de souhaiter que toutes les (V)Provinces
entreprennent un projet missionnaire spécial,
faisant partie de la célébration du Grand Jubilé?
Je sais que certains projets ont déjà été planifiés,
comme des missions urbaines ou des pèlerinages
spéciaux. Il est aussi vrai que les membres
de certaines unités - spécialement les responsables
- sont fatigués, découragés et doutent de la
coopération de leurs confrères. Mais je demanderais
à chaque unité d'inaugurer le troisième millénaire
chrétien avec un projet spécial en accord avec
«notre raison d'être dans l'Eglise et la pierre
de touche de notre fidélité à l'appel reçu.»
(Constitution n° 5)
50.
Que
Marie, la Vierge Immaculée, qui après Jésus-Christ,
est la principale patronne de notre saint Institut,
parce qu'il est né d'une façon spéciale sous
son patronage, nous aide à aimer son Fils et
à le faire aimer.
Au nom du Conseil Général,
Joseph
W. Tobin, C.Ss.R.
Supérieur Général
(Le texte original est en anglais.)